Franc-maçonnerie égyptienne, le rite de Misraïm

Franc-maçonnerie égyptienne (4)

Clandestin pendant dix-huit années, le rite obtint le droit de se reconstituer en 1831, sous la Monarchie de juillet, mais seules 4 Loges parisiennes y parvinrent. Restauré en 1838, dissous à nouveau en 1841, Misraïm sort de la clandestinité en 1848 après la destitution de Louis Philippe.

En 1842, après avoir constitué un Temple mystique pour la garde des archives et la propagation du Rite à l’étranger, le Gouvernement de l’Ordre se met également en sommeil.

En 1843, Clavel, dans son Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie, écrivait à propos de Misraïm : « C'est en 1805, que plusieurs Frères de mœurs décriées, n'ayant pu être admis dans la composition du Suprême Conseil Ecossais, qui s'était fondé en cette année à Milan, imaginèrent le régime Misraïmite. Le Frère Charles Lechangeur fut chargé d'en recueillir les éléments, de les classer, de les coordonner et de rédiger un projet de statuts généraux. Dans ces commencements, les postulants ne pouvaient arriver que jusqu'au 87e degré, les trois autres qui complétaient le système étaient réservés à des Supérieurs inconnus ; et les noms mêmes de ces degrés étaient cachés aux Frères des grades inférieurs. C'est avec cette organisation que le Rite de Misraïm se répandit dans les royaumes d'Italie et de Naples. Il fut adopté notamment par un chapitre de Rose-Croix, appelé la Concorde, qui avait son siège dans les Abruzzes. Au bas d'un bref, ou diplôme délivré en 1811, par ce chapitre, au Frère B. Clavel, commissaire des guerres, figure la signature d'un des chefs actuels du Rite, le Frère Marc Bédarride, qui n'avait alors que le 77e degré. » Ce passage est particulièrement important malgré son ton diffamatoire (Frères de moeurs décriées, etc.), à cause de certains renseignements intéressants et de la confirmation que Bédarride possédait en 1811 le 77e  degré du Rite ».

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Ouvrage de Marc Bédarride sur le Rite de Misraïm

En 1845 nous arrivons à la parution du livre de Marc Bédarride sur Misraïm et les origines de la Maçonnerie qu'il fait remonter à Adam, affirmant que c'est Dieu lui-même qui donna le nom de Misraïm à cette institution. Par la suite, le deuxième des quatre fils de Cham fut adopté par l'Ordre dès sa naissance et il fut lui-même appelé Misraïm (p. 40) ; puis il s'installa en Egypte dont il devint souverain et dont il remplaça derechef  l'ancien nom de Semia par Misraïm (p. 41). C'est ce Misraïm, roi de Misraïm qui fut adoré comme un dieu sous les noms d'Osiris, Adonis ou Séraphis et que l'histoire profane désigne du nom de Ménès (pp. 42-43). Par conséquent, c'est de l'Egypte et des Egyptiens que descendrait la tradition secrète de l'ésotérisme.

Une première version de l’histoire romanesque de Misraïm nous est présentée par ce grand propagandiste du rite de Misraïm en France qu’est Marc Bedarride, dans son ouvrage « De l’Ordre Maçonnique de Misraïm, de son antiquité, de ses luttes et de ses progrès» Paris — Bénard, 1845 — en deux tomes. 2 Id. : Tome II, page 125. Histoire répétée, par John YARKER dans son livre « The Arcane Schools », page 488, Ed. William Tait, Belfast, 1909.

Selon cet auteur, la maçonnerie serait aussi ancienne que le monde. Israélite pratiquant, Marc Bedarride s'en réfère à l'Ancien Testament; selon lui, c'était Adam lui-même, qui aurait créé, avec ses enfants, la première loge de l'humanité ; Seth succédant à son père; Noé la fit échapper au déluge ; Cham  l'établit en Egypte, sous le nom de «Mitzràim » : c'est-à-dire les Egyptiens. C'est donc de ce peuple seul que devait venir la tradition secrète de l'ésotérisme. C'est à cette source unique que vinrent boire tous les pasteurs des peuples : Moïse, Cecrops, Solon, Lycurgue, Pythagore, Platon, Marc Aurèle, Maïmonide, etc., tous les instructeurs de l'antiquité ; tous les érudits israélites, grecs, romains et arabes.

Le dernier maillon de cette chaîne ininterrompue aurait été le propre père de l'auteur, le pieux Gad Bedarride, maçon d'un autre rite, qui aurait reçu en 1782 la visite d'un mystérieux Initiateur égyp­tien, de passage en son Orient, grand conservateur égyptien dont l'on ne connaît que le « Nomen mysticum» : « le Sage Ananiah ». Cet envoyé l’aurait reçu à la Maçonnerie égyptienne.

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Marc Bédarride

Signalons ici que ce n'est pas là la première allusion historique au passage d'un Supérieur inconnu de la Maçonnerie égyptienne dans le Comtat Venaissin : un autre écrivain en avait donné la nouvelle vingt-trois années avant la parution de l'ouvrage de Bedarride. C'est l'initié Vernhes, qui, dans son plaidoyer pour le rite égyptien, paru en 1822, signalait, lui aussi, le passage du  missionnaire  Ananiah dans le Midi de la France, en l'année 1782.

Selon cet auteur abondant, romantique et touffu, l'apôtre St Marc, l'évangéliste, aurait converti au christianisme un prêtre «séraphique» nommé Ormus, habitant d'Alexandrie. Il s'agit évidemment d'une erreur de plume : le mot « séraphique » ne peut s'appliquer qu'à une catégorie d'anges bien connue des dictionnaires théologiques ; remplaçons-le ici par celui de «prêtre du culte de Serapis » et la légende ainsi rapportée paraîtra moins choquante.

Cet Ormus, converti avec six de ses collègues, aurait créé en Egypte une société initiatique des Sages de la Lumière et initié à ses mystères des représentants de l'Essénisme palestinien, dont les descendants   auraient   à   leur   tour   communiqué  leurs secrets traditionnels aux chevaliers de Pa­lestine, qui les  auraient ramenés en Europe en 1118. Garimont, patriarche de Jérusalem, aurait été leur chef et trois de leurs instructeurs auraient créé  un Ordre de maçons orientaux à UPSAL, et  l’aurait introduit peu après en Ecosse. Il est regrettable que cette littérature ne soit appuyée par aucune référence historique.

Le nom même du vulgarisateur varie d'ailleurs avec les années. D'Ormus, il devient Ormesius dans un autre ouvrage de Marconis de Nègre (1795-1868), fondateur en 1838 de l’Ordre de Memphis, et auteur de plusieurs ouvrages dont Le rameau d’Eleusis.

En 1846, Marc Bedarride cède sa fonction de Sérénissime Grand Maître à son frère Michel. La Loge Mère « l’Arc en Ciel », fondée par son successeur J.Y. Hayere fut la seule à pratiquer le rite depuis 1856 jusque sa mise en sommeil en 1899.

En 1848, le 5 mars, après 7 années de sommeil, le Rite reprend ses travaux en France, et trois Loges, un Chapitre et un Conseil sont remis en activité.

En 1849 furent Publiés des Statuts Généraux de l’Ordre. Le rite fut alors introduit en Roumanie.

Cependant, Michel Bédarride ayant un comportement très contestable à plusieurs reprises (entre autres sur le plan financier), de nombreux frères quittèrent l'obédience et, ne pouvant créer une autre structure, entrèrent au Grand Orient de France où ils ouvrirent, entre autres, la Loge « Jérusalem des Vallées Egyptiennes ».

Le rite maçonnique dit « de Misraïm» fut maintes fois condamné, voir interdit, pour avoir exprimé des pensées subversives contraires à l’éthique de la franc maçonnerie dont elle se réclamait, et fut longtemps soupçonnée de vouloir infiltrer cet Ordre pour y placer ses membres. Dissous de nouveau en 1850, Misraïm fut réveillé et reconnu par le Grand Orient de France en 1853.

En 1856, le Rite de Misraïm, directement gouverné par Michel Bedarride, après de nombreuses vicissitudes, est absorbé par le Rite de Memphis. Cependant, entre 1856 et 1870 restent, toujours actives, certaines obédiences nationales de ce rite (voir la filiation de Mallinger en Belgique) qui constituent le dépôt initiatique dénommé "ARCANA ARCANORUM ".

En 1858, le Grand Maître du Grand Orient de France fit savoir que les frères de Misraïm ne pouvaient être reçus en visite dans les Loges du Grand Orient de France.

M. Bédarride transmit avant sa mort la charge de diriger l'ordre à Hayère auquel succédèrent Girault et Osselin. C’est ce dernier qui ferma la Grande loge Misraïmite en 1899.

En 1860 Giuseppe Garibaldi et certains de ses officiers sont initiés, à Palerme, dans une Loge du Rite de Memphis. Se sont alors succédés à la tête du Rite de Misraïm Giuseppe Garibaldi (1860)  Dr Girault (1864), Hippolyte Osselin 1864, Jules Osselin (1877), Emile Combet (1887).

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Giuseppe Garibaldi « Grand Hiérophante » en 1881

des Rites Unis de Memphis et de Misraïm

En 1862, lorsque Napoléon III imposa par décret au Grand Orient, le Maréchal Magnan, celui-ci exigea du Rite qu’il reconnût son autorité.

Le Grand Maître Hippolyte Osselin répondit :

«  Le Rite de Misraïm tient trop à son indépendance pour reconnaître vos pouvoirs et votre domination : si l’Empereur croit devoir nous supprimer, qu’il le fasse ; mais nous ne nous soumettrons jamais !.. »

Le Rite de Memphis, par contre, suivit une autre voie. Le 17 mai 1862, Marconis de Nègre, impécunieux et vieillissant, surtout préoccupé par la survie de son Rite (Memphis), dont il est le Grand Hiérophante, saisit l’offre du Maréchal Magnan pour confier le Rite au Grand Orient. Ensemble, ils réduisent les 95 degrés à 33. Alors qu’il croit avoir sauvé son Rite, il meurt trop tôt pour savoir, comme nous le souligne l’auteur britannique Ellic Howe, que le Grand Orient s’est   son propre rite français aux sept degrés. Hoxe triomphant ajoute que :

« ce n’est pas le rite mais son cadavre qui fut légué au Grand Orient. Le Rite s’est éteint comme un pétard mouillé…Selon le Bulletin du Grand Orient de janvier 1868, il n’y a plus de loges de Memphis en France.»

Pour le Grand Orient le Rite est mort et enterré. Il n’en veut plus. Il n’en parle plus. Pourtant, en août 1864, le Rite de Memphis est toujours vivant et possède des loges en activité : Le Sectateurs de Ménès et Les Disciples de Memphis, un Chapitre à Paris et une Loge de Chevaliers de Palestine à Marseille. Il est toujours à l’honneur dans le Royaume des Deux-Siciles et mais surtout en Egypte qui assurera sa survie.

Le 20 avril 1867 la Puissance suprême du Rite de Misraïm se réunit à Venise et promulgua le document suivant :

Gloire à l'Omnipotent

EMET
Respect à l'Ordre

PUISSANCE SUPREME

De l'Orient du Suprême Grand Conseil général des Sou­verains Grands Maîtres absolus de l'Ordre de Misraïm, de ses quatre séries et du 90° et dernier grade, siégeant dans la Vallée de la Lagune Vénitienne, sous un point fixe de l'Etoile polaire à 45° 26' 2" N. et 12° 20' 33" E., le 20' jour du IV' mois de l'année 5863 V.L.

A tous les Maçons réguliers

Salut sur tous les points du triangle.

Nous portons à votre connaissance que le Suprême Grand Conseil général du 90° et dernier grade du Rite de Misraïm, Puissance Suprême pour l'Italie, a décidé dans son assemblée générale extraordinaire du 19' jour du IV° mois de l'année 5863 de la Vraie Lumière (1867 Ere vul­gaire) de mettre en sommeil, en Italie, le Rite dans ses 4 séries et uniquement dans ses 16 premières classes jus­qu'au 86° degré, et cela jusqu'à ce que le réveil desdits degrés et classes soit considéré nécessaire ou opportun par la Puissance Suprême et son Suprême Grand Conser­vateur.  Pour cela un triangle a été  constitué  par trois  Grands Conservateurs Grands Conservateurs en les personnes des Sublimes Frères Giuseppe Darresio 90°, Antonio Zecchin 90° et Luigi della Migna 90°, afin qu'ils se chargent, quand le moment sera opportun, de passer les pouvoirs conservateurs suprêmes de l'Ordre et du Rite au Frère qu'ils jugeront le plus digne afin que la continuité de la transmission des pouvoirs soit maintenue ad aeternum. En vertu de ces décisions le Suprême Grand Conseil des Souverains Grands Maîtres absolus du 90° et dernier grade du Rite de Misraïm (ou d'Egypte) donne aux susnommés Très Illustres et Très Puissants Frères Giuseppe Darresio, Antonio Zecchin et Luigi della Migna les pleins pouvoirs pour la nomination du Suprême Grand Conservateur de l'Ordre et du Rite.

Fait dans la Vallée de la Lagune Vénitienne le 20° jour du IV' mois de l'Année 5863 de Misraïm.

Le Suprême Grand Conservateur :

Giovanni Pallesi d'Altamura 33e 66e 90e

Les Grands Conservateurs :

Giuseppe Darresio 33e 66e 90e

Antonio Zecchin 33e 66e 90e

Luigi della Migna M.T. 33° 66e 90e

Le document porte au verso la signature des Suprêmes Grands Conservateurs qui se succédèrent de l'année 1867 à 1966.

Par un acte que nous reproduisons ci-après, le premier jour du mois de Phamenot de l'année 5941 de la Vraie Lumière (1945 E.V.), le Suprême Grand Conservateur du moment, Marco Egidio Allegri 90e, procéda au réveil du Rite :

« En l'an 1867 de l'Ere vulgaire l'Ordre du Temple de langue italienne mettant en sommeil la Puissance Su­prême du Rite Egyptien siégeant à Venise, instituait trois Grands Conservateurs du Rite en les personnes des Subli­mes Frères Giuseppe Darresio 90°, Antonio Zecchin 90° et Luigi della Migna 90°. Leurs pouvoirs furent ensuite trans­mis au Très Puissant Suprême Grand Conservateur Alberto Francis 90° qui à son tour les transmit au Sublime Frère Luigi Bo... 90°.

Puis les pouvoirs furent confiés au Très Puissant Marco Egidio Allegri promu Grand Conser­vateur à vie.

« Conformément donc à nos prérogatives, en nous servant des pouvoirs donnés par les articles 14 et 15 des Statuts (titre III, section 1), le premier jour du mois de Phamenot de l'année 5941 de la Vraie Lumière, Nous Marco Egidio Allegri, 33° du Rite Ecossais, 33° 95° du Rite de Memphis, Grand Maître à vie et Suprême Grand Conservateur de l'Ordre de Misraïm, avons décidé le réveil et l'installation du Souverain Conseil général du 90° et dernier degré, Puissance Suprême de l'Ordre et du Rite de Misraïm, ainsi que l'union de ce Rite et du Rite de Memphis et avons appelé ces Très Chers et Distingués Frères à en faire partie : ... (suivent les noms de onze personnes) »

En décembre 1870, c’est le REAA qui veut annexer le rite de Misraïm et c’est Robert Wentworth Little qui avait introduit le Rite à Londres qui dénonce la manœuvre. Le Rite est resté indépendant et autonome sans avoir jamais accepté d’être soumis ou intégré au Grand Orient, qui finira par le reconnaître entre 1882 et 1890.

En 1871, l'écrasement de la Commune contribua à l'essor des Loges, qui toutefois entameront leur déclin vers 1880 après la déclaration d'amnistie du nouveau gouvernement républicain français.

En 1877, les survivants de la branche française de Misraim par l'intermédiaire de leur grand maître Emile Combet, entrent en relations avec le Grand Orient National d'Egypte qui pratiquait le rite de Memphis. Un traité de reconnaissance réciproque fut signé par les deux juridictions. Ferdinando Oddi transmit le 95° de Memphis à Emile Combet, lequel transmit le 90° de Misraim à Fernandino Oddi.

Comportant alors de très nombreuses Loges à l'étranger, le rite Oriental de Misraïm comptait des personnalités telles que Louis Blanc et Garibaldi qui, dix-neuf années plus tard, sera l'artisan de l'unification de Memphis et de Misraïm.

Un Rite Réformé de Misraïm aurait été « réveillé » (on ne sait avec quelle autorité) à Naples, aux alentours de 1880, par Giambattista Pessina qui l'aurait ensuite uni à son Rite Réformé de Memphis.

Jusqu'en 1881, les Rites de Memphis et Misraïm cheminent parallèlement et de concert, dans un même climat particulier. Or, les deux Rites commencent à rassembler sous double appartenance des Maçons du Grand Orient de France et du Rite Écossais Ancien et Accepté qu'intéressent l'Ésotérisme de la Symbolique Maçonnique, la Gnose, la Kabbale, voire l'Hermétisme. En effet, outre leurs dépôts égyptiens, Misraïm et Memphis sont toujours les héritiers et les conservateurs des vieilles Traditions Initiatiques du XVIIIème siècle : Philalèthes, Philadelphes, Rite Hermétique, Rite Primitif. Misraïm compte 90 Grades divers, et Memphis, 95.

En 1881,  le Frère Giuseppe Garibaldi déjà Grand Maître du Rite de Misraïm dès 1860, est élu Grand Hiérophante Général Grand-Maître Général "ad vitam" pour chacune de ces deux Obédiences.  En vertu de ses pouvoirs souverains il unifie les deux Rites de Misraïm et Memphis qui, sur le plan formel, étaient restés séparés jusqu'à cette date, sous la dénomination de: Ordre Maçonnique Oriental du Rite Ancien et primitif de Memphis et Misraïm..

La plupart des pays étrangers, ayant les mêmes hauts dignitaires, ceux-ci fusionnèrent en un unique Ordre maçonnique, à Naples, rendant possible l’établissement d’une échelle commune de grades. Aux 95 Grades déjà existants, en furent ajoutés deux autres de caractère administratif: le 96° et le 97°. Le premier réservé aux Grands Maîtres Grands Commandeurs Nationaux et le deuxième au Souverain Grand Maître, Grand Commandeur, Grand Hiérophante Général, Sublime Maître de la Lumière.

 (Seul le Souverain Grand Conseil Général du Rite de Misraïm pour la France refusa d'entrer dans la Confédération des Rites-Unis de Memphis-Misraïm, et conserva sa hiérarchie de 90°, comme Rite Oriental de Misraïm, avec Ferdinando Oddi comme Grand Maître.)

A partir de cette année 1881, où est né le courant garibaldien, aucune autorité, (émanant d’un Souverain Sanctuaire ou de Grands Patriarches de Memphis ou de Misraïm, séparés ou unis en France ou en Italie), n’a accordé à quiconque et à quelque Obédience non égyptienne, le droit de parler en son nom ni de conférer en son nom les degrés qui sont les siens.

Dirigé par Jules Osselin, le rite de Misraïm avait initié une série d'Occultistes connus tels Sédir et Mac Haven ... par deux fois la loge « l’Arc en ciel » refusa la demande d'initiation de Gérard Encausse (Papus). Ce célèbre vulgarisateur de l'occultisme ne put jamais entrer dans la seule loge de Misraïm en activité à l'époque.

Nous savons de source sûre qu’un certain Maurice Joly, maçon Misraïmite, avocat juif et opposant au régime politique de Napoléon III, fils de Albert Joly, avocat Versaillais, bâtisseur de la République et apôtre de la Laïcité, maçon du Grand Orient de France, petit-fils du François Joly qui, à Naples, avait reçu la charte du Rite de Misraïm, était l’auteur d’un ouvrage s’intitulant « Dialogue aux enfer entre Machiavel et Montesquieu » dont fut tirés un grand nombre de paragraphes des « Protocoles des Sages de Sion ». Ces textes avaient déjà été utilisés contre le pouvoir en place, ce qui avait conduit son auteur en prison. Notons pour mémoire que Maurice Joly était intime de Victor Hugo qui fut Grand Maître de l’Ordre du Prieuré de Sion, et qu’il était le protégé d’Adolphe Crémieux, (le fondateur de l’Alliance Israélite Universelle).

Ces protocoles, schéma directeur présumé pour la conquête du monde par le monde juif, avait circulé dès 1884, et transité entre les mains d’un membre de la Loge « l’Arc en Ciel » nommé Schorst, dit Schapiro, à laquelle appartenait le docteur Encausse dit Papus, qui par la suite allait devenir le grand maître du Rite de Misraïm. Monseigneur Fry, dans son ouvrage « le juif, notre Maître», précisait qu’en 1895, la fille du Général Russe, Mademoiselle Glinka, avait envoyé de Paris, des renseignements politiques au Général Tcherewine, alors Ministre de l’intérieur, un exemplaire des Protocoles des Sages de Sion que lui aurait vendu pour 2500 francs un certain Schapiro, membre de la Loge de Misraïm à Paris.

En 1889, le Rite de Misraïm placé sous sa juridiction française comptait 3 Loges à Paris, 8 en province, 2 à New-York, 1 à Buenos-Aires et 1 à Alexandrie. À celles-ci, il convenait d'ajouter les loges de la juridiction italienne qui était alors indépendante.

Le 04 août 1889, le Rite de Misraïm célèbre sa fête d’Ordre en présence des Frères Proal, Très Puissant Souverain Grand Commandeur, Grand Maître du REAA et Opportun (le bien nommé), membre du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France. Le Grand Maître de l’Ordre ; le Très Illustre Frère Osselin et la Grande Loge Misraïmite présente les membres de ses Ateliers, L’arc en Ciel, Le Buisson Ardent, et Pyramide. Le Grand Secrétaire demande de tourner la page sur le passé et de travailler ensemble pour la gloire de la maçonnerie.

Discours du Grand Secrétaire, le Docteur Chailloux, du 4 août 1889 à Paris pendant la fête de l’Ordre de Misraïm: « Mais vient l'instant où il lui est permis enfin de disposer de ses forces vives pour les mettre au service des idées de progrès ; cette institution est amenée par la force des choses à se transformer, à évoluer dans un sens progressif. La réorganisation a commencé par la refonte des rituels. Ces rituels ont été mis en harmonie, non seulement avec les principes maçonniques et démocratiques mais avec les données scientifiques les plus modernes (…) En supprimant complètement tout ce qui, de près ou de loin, pouvait rappeler le caractère si religieux de ce grade à son origine, la Maçonnerie n’ayant et ne devant avoir rien de commun avec la religion ‘…) Si on peut lire dans notre Déclaration de principe, imprimé en 1885 : Base fondamentale et immuable l’existence de l’Être Suprême, l’immortalité de l’âme, l’amour du prochain ; aujourd’hui on peut lire dans notre Constitution réformée : Autonomie de la personne humaine, justice, altruisme».

Une telle prise de position qui violait les statuts et les déclarations de principe de l’Ordre, étant donné qu’il ne s’agissait plus du même Rite, provoqua une scission entre ceux qui étaient fidèles à l’orthodoxie de Misraïm qui suivirent le Frère Osselin, et les autres, sensibilisés par les innovations démocratiques et opposés au Grand Architecte de l’Univers et à l’immortalité de l’âme, qui suivirent le Frère Chailloux.

L’Arc-en-ciel travaillera jusqu’en 1925.

Vers 1890, au sein du Rite de Misraïm un nouveau conflit éclate entre une minorité de Spiritualistes et une majorité de Laïcisants. Conduits par le Grand Secrétaire Henri Chailloux, ils se rallièrent au Grand Orient. Le Frère Chailloux avait en effet annoncé dans un discours :

Si on peut lire dans notre déclaration de principe, imprimée en 1885, la Base fondamentale et immuable, l’existence de l’être suprême, l’immortalité de l’âme et l’amour du prochain ; aujourd’hui on peut lire dans notre Constitution réformée : « Autonomie de la personne humaine, justice et altruisme ».

Une telle prise de position à l’encontre totale des Statuts et des Principes du Rite en excluait ipso facto son auteur. Les derniers Maçons du Rite attachés à leurs principes déistes et spiritualistes se regroupèrent dans la seule Loge Arc-en-Ciel (Loge Mère du Rite) dirigé par le Grand Président Jules Osselin. En étaient membres des ésotéristes de haute valeur et c’est sous son patronage que parait la «Bibliothèque Rosicrucienne », cette dernière rééditant un certain nombre de grands classiques de l’occulte. Puis fin 1899, la grande loge de Misraim pour la France, présidée par Jacques de Villareal, cesse ses travaux.

Le 30 mars 1900, Ferdinando Oddi était reconnu détenteur de la double juridiction suprême de Memphis et de Misraim.

En 1902, à la suite de divers conflits au sein du Grand Orient National d’Égypte, le Grand Conservateur Général des Rites de Memphis et de Misraim, Ferdinando Oddi démissionna de ses fonctions. John Yarker, " ancien vice Grand Hiérophante pour l'Europe", se considéra de facto comme le" nouveau Grand Conservateur mondial de Memphis et de Misraïm". Cependant, Le frère Ellic Howe de la loge Quator Coronati lodge de Londres et le professeur Helmut Möller de l’université de Göttingen affirment que Yarker aurait acquis les rites de Memphis et de Misraim, d’une source américaine douteuse en 1872 -(Fringe masonry- the Quator Coronati lodge, vol.85,91,92,109 London 1972,78,79,97). Cette nomination ne fut pas entérinée par l’Égypte et en 1902, Ferdinando Oddi transmit ses titres de Grand Commandeur-Grand Maître du Grand Orient National d’Égypte (Grand Collège des Rites) et de Souverain Grand Conservateur Général des Rites de Memphis et de Misraim au T.S. frère Idris Bey Ragheb, et à son successeurs le prince Mohamed Aly Tewfik, petit-fils du khédive Mehemet Aly, et Youssef Zakq grand chancelier - dont filiation jusqu'à nos jours.

Theodore Reuss, Grand Maître du Souverain Sanctuaire d'Allemagne par une charte reçue le 24 septembre 1902 de John Yarker, dirigeait également l'O.T.O. (Ordo Templi Orientis) et diverses petites sociétés paramaçonniques. Sans avoir l'autorité pour le faire (il n'était pas Grand Maître Général), il accorda en date du 24 juin 1908 à Berlin la constitution à Paris d'un Suprême Grand Conseil et Grand Orient du Rite Ancien et Primitif. Pourtant, John Yarker, chef mondial du " rite " était seul habilité à créer de nouveaux Souverains Sanctuaires, (si l'on ferme les yeux sur les origines illicites de sa filiation du Rite de Memphis, et sur son auto-nomination comme Grand Hiérophante de ce "rite " ainsi que sur l’absence de patente du Rite de Misraïm). Outre la triple illégitimité de son origine, ce Suprême Grand Conseil français se trouvait dans une position ambiguë. Il n'avait pas rang de Souverain Grand Sanctuaire (nom donné aux Grandes Loges dans le Rite Ancien et Primitif) et ne pouvait donc pas fonder de nouvelles loges. Le texte de la patente berlinoise, perdue, est connu par le compte rendu du convent de Juin 1908. Il ne prévoyait pas la possibilité de créer des organismes subordonnés (loges, chapitres, etc.).

John Yarker fut le dernier Grand Hiérophante de cette lignée hybride. Après sa mort, le 20 mars 1913, le Souverain Grand Sanctuaire (Theodore Reuss, Aleister Crowley, Henry Quilliam, Léon Engers-Kennedy) se réunit à Londres le 30 juin 1913. A l’unanimité, le frère Henry Meyer, habitant 25 Longton Grove, Sydenham, S.E., County de Kent, fut nommé Souverain Grand Maître Général. Théodore Reuss, Souverain Grand Maître Général ad Vitam pour l’Empire Germanique et Grand Inspecteur Général, participait à cette réunion. Les minutes de la convocation précisent que Aleister Crowley proposa la nomination de Henry Meyer aux fonctions de Grand Maître Général, appuyée par Théodore Reuss qui l’approuva et la signa. Néanmoins, le 10 septembre 1919, se considérant comme Grand Maître Général mondial de cet amalgame Memphis-Misraim, il autorisa Papus et Teder à ouvrir la Loge Humanidas qui devint la Loge mère du Rite Oriental de Memphis-Misraïm, et délivra à Jean Bricaud une charte pour la reconstitution en France et dépendances, d'un «Souverain Sanctuaire de Memphis-Misraïm ».

A son tour, Bricaud se considéra légitime héritier et transforma le titre de Grand Hiérophante en Grand Maître Général. Les Souverains Sanctuaires nationaux ont cessé de se rencontrer pour désigner leur Primus inter Pares. C’est seulement au Convent du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm à Bruxelles de 1936 que Guerino Troilo devient Grand Hiérophante Mondial 98e, avec G. Boge de Lagreze, comme son Substitut.

Sensiblement préjudiciable fut la persécution systématique menée au siècle dernier par le gouvernement autrichien dans la Lombardie et la Vénétie et par les autres gouvernements dans les différents petits états de la péninsule, par l’Eglise en général et, à notre siècle, par le régime fasciste; également préjudiciable fut la lutte conduite par les différents Grands Orients, qui ont essayé par tous les moyens d’absorber le rite de Misraïm. Malgré tout, les documents les plus importants ont été conservés et transmis jusqu’à nos jours.

Cependant, après la scission qui s’était produite à la fin du siècle dernier dans le Rite de Misraïm entre les partisans du docteur Chailloux, auteur du fameux discours qui reniait le Grand Architecte de l'Univers, et les «spiritualistes » guidés par le Frère Osselin, ce dernier groupe avait sans cesse résisté aux pressions du Grand Orient et bien que peu nombreux (et cela est naturel car les « hommes de désir » sont rares) il a poursuivi l'antique tradition maçonnique et donc « la recherche des lois de la Nature et de ses rapports avec les Hommes et le Plan divin ».

Selon Philippe Encausse, son père, Gérard Encausse (Papus), aurait reçu en 1907 deux diplômes maçonniques émanant de l'« Ordre Maçonnique Oriental de Misraïm pour l'Italie », le Rite légitime de Misraïm étant alors en sommeil en Italie ; mais l'on ne connaît ni le contenu, ni l'origine de ces diplômes.

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Gérard Encausse (Papus)

En 1923, l’Eminent Frère Marco Egidio Allegri, était devenu Puissance Suprême du rite de Misraïm de Venise ainsi que Grand Conservateur à vie du Rite de Memphis de Palerme, tombé ensuite en sommeil en 1925.

De 1936 à 1939, le « rite de Misraïm » connut une période prospère, pendant laquelle Constant Chevillon (voir sa biographie en annexe) ouvrit de nombreuses loges en France et à l'étranger. Pendant la guerre, la franc-maçonnerie et les autres sociétés initiatiques furent interdites. Les successeurs d'Osselin pratiquaient encore leur Rite avant la dernière Guerre dans la Loge-mère Arc-en-ciel, nom glorieux du premier Chapitre fondé en France par les frères Bédarride.

 

 

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