Franc-maçonnerie égyptienne, le rite de Misraïm

Franc-maçonnerie égyptienne (3)

Interrogeons des contemporains et demandons-leur ce qu'ils savent des rites égyptiens au moment où ceux-ci tentent de conquérir la France.

En 1821, le Frère Jean Philippe Levesque a publié un «Aperçu historique général» des tendances maçonniques de son époque. Il parle dans ces termes : « II y a, je crois, cinq ou six ans que ce Rite est venu s'établir à Paris. Il venait du Midi de l'Italie et jouissait de quelque considération dans les Iles Ioniennes et sur les bords du golfe Adriatique. Il a pris naissance en Egypte. »

Après ce premier témoignage, interpellons le maçon le plus érudit de France, le célèbre Claude-Antoine Thory (1759-1827), qui, dans ses deux tomes des «Acta Latomorum » reproduisit un nombre considérable de documents historiques précieux dont il avait été le conservateur. Il précise : «Le Rite de Misraïm, qui ne date, en France, que de quelques années, était très en vigueur à Venise et dans les îles Ioniennes, avant la Révolution française de 1789. Il existait aussi plusieurs Chapitres de Misraïm dans les Abruzzes et dans la Pouille.» Et il ajoute cet élément intéressant : « Tous ces grades, excepté les 88e, 89e et 90e ont des noms différents. Quant aux trois derniers, nous n'en connaissons pas la dénomination, on les a indiqués comme voilés, dans le manuscrit qui nous a été communiqué. »  Levesque : « Aperçu général et historique des sectes maçonniques », page 105, Paris, 1821. 10 n Claude-Antoine Thory : « Acta Latomorum », en deux tomes, pages 327-328, Paris, 1815. Nous verrons plus loin l'extrême importance de cette observation.

Bedarride: « Histoire de Misraïm », tome 2, page 125. 17 Waite: «Encyclopaedia of the Freemasonry », tome 2, page 75. 18 Sur Cagliostro, cf. « Vie de Joseph Balsamo, extraite de la procédure instruite contre lui à Rome en 1790 », Paris, éd. Treuttel, 1791; et: Dr Marc Haven : «Le Maître Inconnu, Cagliostro », Paris, Dorbon aîné, 1913 ; cf. aussi : «Rituel de la Maçonnerie Egyptienne », Nice, Ed. des Cahiers Astrologiques, 1947.

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Claude-Antoine Thory (1759-1827)

Une gravure sensationnelle, montrant l'initié passant par l'eau et par le feu à l'intérieur de la Grande Pyramide, avait d'autre part été publiée par Alexandre Lenoir (1761-1839) dans son livre : « La Franche Maçonnerie rendue à sa véritable origine », Paris, 1814. Cf. cette gravure dans : Manly Hall, op. cit., page 81. Elle a paru dans l'ouvrage : « Histoire générale et particulière des religions et du culte de tous les peuples du monde », par le célèbre érudit Fr. H. De Laulnaye, tome I, Paris, Fournier, 1791 — il la reproduit d'après Sethos dont la première édition date de 1728 (dessin de J.-M. Moreau le jeune). Cf. dans Jean-Marie Ragon, Tuileur Général, Paris, Collignon, 1861, pages 250-252 : Compte rendu des tenues égyptiennes des 15 mai et 12 juin 1817.

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L’Initiation antique vue par le XVIIIe siècle : l’épreuve de l’eau dans la Grande Pyramide

par Jean Michel Moreau (1741-1814)

Sssssssssssss

 «Cette représentation fit fureur ; elle fit pâlir le symbolisme ordinaire mais sa renommée fut par trop retentissante, tant l'admiration fut grande.»

Le rite de Misraïm poursuivra son histoire avec des hauts et des bas jusqu'en 1822, date à laquelle il fut interdit par la police de la Restauration, suite à l'affaire des Quatre Sergents de La Rochelle et à l'inquiétude suscitée par les Carbonari.

Le Carbonarisme

Le carbonarisme est une société initiatique et secrète à forte connotation politique qui eut un rôle occulte important sous la Révolution Française, qui contribua efficacement à l’unification de l’Italie, et qui s'est répandue dans divers états européens au début du XIXème siècle. La Charbonnerie tire son nom des rites d'initiation des forestiers (rituels forestiers) fabriquant le charbon de bois dans le Jura à l'origine et en Franche-Comté. Dissimulé derrière le compagnonnage artisanal des producteurs de charbon de bois, la charbonnerie se fondra dans certaines loges maçonniques. Elle comportait neuf degrés et était cloisonnée en ventes regroupées en ventes mères.

C'est le révolutionnaire français Pierre-Joseph Briot, lui-même franc-maçon du rite de Misraïm et Bon cousin charbonnier du rite du Grand Alexandre de la confiance, qui importa ce rite très chrétien à Naples, fin 1809. Il participa sans doute à l'unification secrète des divers groupes italiens sous l'égide de la Carbonaria.

En France, le carbonarisme sera implanté par Benjamin Buchez qui sera à l'origine de la « Société Diablement Philosophique ». En 1818, celle-ci est transformée en loge maçonnique sous le vocable des Amis de la Vérité. L'année 1833 voit, sous la direction de Buonarroti, la création de la Charbonnerie Democratique Universelle à Bruxelles. Elle était en correspondance avec la Societa Dei Veri Italiani d'inspiration babouviste. Le vocable de vente sera remplacé par celui de "phalanges", celles-ci avaient, souvent, sous leur direction occulte des loges de Misraïm. Le plus haut degré connu de cette société secrète est le "Frère de la Racine".

Parmi les couvertures de la charbonnerie on peut citer tout d'abord les réseaux de conspirateurs connus sous les noms de "Philadelphes" et d'"Adelphes" Les Philadelphes sont issus d'une résurgence des Illuminés de Bavière. Leur programme est voisin de ceux-ci et des Egaux de Babeuf. Les Adelphes et Philadelphes étaient coiffés par une autre société secrète : le Grand Firmament, qui se subdivisait en Eglises, Synodes et Académies.

LETTRE DE DENONCIATION D’UN CARBONARI

(Marseille le 14 Août 1822)

A son excellence le Ministre Secrétaire d’Etat de l’Intérieur

Monseigneur,

Il est débarqué dans ce port, venant de Civita Vechia un voyageur nommé Bartholomeo Pestini, natif de Pistoia, poète improvisateur, qui a l’intention de se rendre à Paris et dont le passeport est ci-inclus transmis à votre Excellence.

Quelques jours avant l’arrivée de cet étranger, je reçu une lettre de Rome signée L. Luis par laquelle on m’avertit en mauvais français que le dit Festini vient d’être expulsé de Rome après l’avoir été de Florence et de naples, où il a été la cause de la révolution napolitaine (est-il dit en propre termes). Il est dépeint comme un CARBONARI capable d’exercer beaucoup d’influence à l’égard des jeunes gens. Cet avis qui part d’une source obscure et peut être malveillante ne m’a pas semblé suffisante pour ……………….. etc…

Dddddddddddd

La charbonnerie française, de type politique, sera très active de 1820 à 1823.La conspiration militaire échoue et se signale notamment lors de l’affaire des quatre sergents de La Rochelle.

L’affaire des Quatre sergents de La Rochelle

En 1821, des mouvements de contestation au sein de l’armée, et notamment dans le 45e régiment d’infanterie en garnison à Paris inquiétaient les autorités militaires et civiles. Certains soldats hostiles à la restauration monarchique refusaient de crier « Vive le Roi ». Aussi, afin de couper le régiment des mauvaises influences politiques (la caserne se situait en plein Quartier latin de Paris où les étudiants entretenaient la contestation), ce régiment fut transféré à La Rochelle en janvier 1822.

Quelques militaires entendant y poursuivre leur action dans la clandestinité, furent dénoncés aux autorités pour conspiration.

Accusés d'appartenir à une organisation politique secrète, « la Charbonnerie », complotant contre le régime de Louis XVIII, quatre militaires du 45eme régiment de ligne de la Rochelle, les sergents Bories, Goubin, Pommier et Raoulx sont arrêtés le 19 mars1822 avec une vingtaine de leurs complices, et enfermés dans la Tour de la Lanterne située à l’entrée du port de La Rochelle.

Le gardien de cette prison étant lui-même franc-maçon, permettait assez régulièrement à ses prisonniers de sortir en ville en sa compagnie pour assister à leurs réunions maçonniques. La chose s’étant ébruitée, le roi fit transférer les quatre Sergents à Paris.

Ne voulant pas dénoncer leurs chefs, malgré des pressions et des promesses de grâce qui leur avaient été faites, ils paieront pour ces derniers au rang desquels figurait le célèbre Marquis de La Fayette. Accusés de complot, ils sont traduits devant la cour d'assises de la Seine, condamnés à mort et guillotinés le 21 septembre 1822 en place de Grève à Paris.

Fffffffffff

Lecture de l’acte d’accusation des 4 sergents de La Rochelle

Cette exécution provoqua l'émoi de l'opinion publique, choquée par la sévérité des juges. Les journaux libéraux et les jeunes artistes romantiques dénoncèrent le sort fait à de simples militants devenus des martyrs.

Les traces de leur passage dans la Tour de La Rochelle sont encore visibles et leur geôle donne lieu à de véritables pèlerinages. Il existe une importante iconographie à leur sujet et de nombreuses chansons dites populaires leur ont été consacrées.

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Exécution des quatre Sergents de la Rochelle en place de Grève

Un demi-siècle après la décapitation des quatre jeunes hommes, des vengeurs profiteront des troubles de la Commune pour assassiner le mouchard qui avait dénoncé ses camarades pour sauver sa propre tête : un certain Goupillon, ancien sergent, qui allait alors sur ses quatre-vingts ans.

En 1822, par la voix du Frère Vernhes, le rite avait refusé son intégration forcée au sein du Grand Orient de France qui par son avocat Jean Mallinger, battit tous les records de méchanceté, allant jusqu'à dénoncer le rite de Misraïm et provoquer des perquisitions ainsi que des poursuites contre ce rite afin de rendre à ce dernier toutes existences impossibles. Pour comprendre les raisons des persécutions dont il est l'objet, il faut se rappeler que sous la restauration, la franc-maçonnerie était une institution mondaine. En refusant l'intégration au Grand Orient de France, le Rite de Misraïm avait attiré les opposants et mis en échec la politique de son Grand Maître, le maréchal Magnan ...

Le 13 août 1822, s’adressant au Préfet du Bas Rhin, le grand Orient de France, par l’intermédiaire de journalistes dont le dénommé Richard, membre de l’Académie des Sciences, fut à l’origine de la diffamation, de la persécution et des dénonciations des Bédarride, des Misraïmites et du Rite de Misraïm comme « ennemi de l’Etat, de l’Autel et du Trône ».

Texte de la dénonciation

Monsieur le Préfet, Il s’est formé, depuis quelques années, dans la capitale, une nouvelle maçonnerie connue sous la dénomination de Puissance de Misraïm, absolument étrangère au Grand Orient de France, et dont la tendance est évidemment révolutionnaire. Les informations dont elle a été l’objet, assurent que l’association a fondé un grand nombre de loges dans la plupart des départements et qu’elle met ainsi beaucoup d’activité à se propager. Jusqu’ici le département du Bas Rhin paraissait avoir échappé au zèle des propagandistes, mais il résulte des renseignements qui me parviennent que cette présomption n’était pas fondée, et qu’au contraire la ville de Strasbourg et plusieurs autres villes du département comptent un grand nombre de loges qui se font remarquer par l’activité de leurs travaux.

J’ai lieu de croire que les premières loges du Bas Rhin ont été fondées par un les Frères Bédarrides (Ils sont au nombre de trois) qui résident à Paris, et qui voyagent ordinairement sous la qualification de négociant, ou de «  » marchande. C’est la seule indication que je puisse vous donner quant à présent. S’il me parvient par la suite quelque renseignement plus précis, j’aurais plaisir de vous les communiquer.

J’attache beaucoup d’intérêt à connaître les loges qui peuvent exister dans le Bas Rhin, et les personnes qui les dirigent. Si la recherche que je vous prie de prescrire produisait quelques résultats vous m’en donnerez communication sans le moindre retard.

 

ORIGINAL DE LA DENONCIATION
AU PREFET DU BAS RHIN LE 13 AOÛT 1922

Lllllllllllllll

Le Rite eut même des ennemis outre-Manche. On aurait pu penser que la Grande Loge d’Irlande, était animée d’excellentes intentions envers le rite lorsque le Grand Maître le Duc de Leinster ainsi que son adjoint, John Fowler se font initier au 90e degré de Misraïm, le 21 février 1821. Le Grand Hiérophante Michel Bedarride les aida même à constituer un Conseil complet de 17 membres tous élevés au 77e. En réalité, ils ne cherchaient pas à poursuivre une voie initiatique et ésotérique, mais comme ils ne le cachaient nullement, ils s’étaient fait initier « … visiblement en vue de garder le Rite sous contrôle et de le laisser mourir d’inanition. »

Même perfidie du côté de la blonde Albion. Le Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre, le Duc de Sussex, reçut le 90e degré du Rite de Misraïm est fut investi des pleins pouvoirs pour l’Angleterre, l’Ecosse et l’Irlande. Il figurait, dans la liste des membres de Misraïm pour l’année 1821-22, à côté du Duc d’Atholl, un ancien Grand-maître de la Grande Loge des Anciens ou des Schismatiques. Il fallait tuer le Rite.

En France, le Rite fut interdit par la police de la restauration qui ferma la dizaine de Loges qui le composait et confisqua une grande partie de ses archives, qui se trouvent aujourd’hui aux Archives Nationales. C’est pourquoi certains dignitaires misraïmites parisiens eurent la faiblesse de renoncer à certains de leurs grades supérieurs et tentèrent de se mettre au pas volontairement, en donnant aux matérialistes qui les critiquaient des gages de conformisme athée véritablement déplorables — à ce prix, ils se firent facilement reconnaître. 

Cf. THORY : « Acta Latomorum», tome 2 ; cf. années 1818, 1819, 1821, 1822, 1836, où des exclusives, dénonciations, saisies eurent lieu en France et aux Pays-Bas. Cf. l'intéressante étude parue en avril-mai 1935 dans le «Bulletin Mensuel des Ateliers Supérieurs du Suprême Conseil de France » — 8, rue Puteaux, Paris — numéros 4 et 5, sous la plume du Frère Fernand Chapuis, sur l'histoire et les tribulations de la loge misraïmite de Besançon, en 1822. Il signale qu'en 1822, le rite avait en tout en France 73 ateliers de grades divers, notamment à Paris 7 loges et 15 Conseils. Cf. Rite Oriental de Misraïm ou d'Egypte —

Le frère Morrison (1780-1849) joua un rôle notable dans l'histoire du Rite Oriental de Misraïm. Originaire d'Écosse, ancien médecin militaire des armées britanniques pendant les guerres napoléoniennes, il s'établit à Paris en 1822. Passionné par les hauts grades maçonniques, il fut dignitaire de tous les systèmes de hauts grades existant à l'époque à Paris et contribua à la reconstitution du rite.

Le 24 juin 1822, le journaliste Richard, sous sa robe de Grand Orateur du Grand Orient de France, jugea opportun de rappeler que Misraïm avait été présenté au Grand Orient par des frères qui, prévoyant l’abus qu’on se disposait d’en faire, crurent qu’il serait avantageux, pour l’autorité maçonnique de l’adopter. Il s’attira cette réponse, plus que juste de la part du Frère Vernhes de Montpellier, 87e de Misraïm, éditée dans son livre sur la, Défense de Misraïm et quelques aperçus sur les divers Rites maçonniques en France,

Défense du rite de Misraïm par Jean François VERNHES (1822)

GLOIRE AU TOUT-PUISSANT.

SALUT SUR TOUS LES POINTS DU TRIANGLE,

RESPECT A L'ORDRE.

A tous les Maçons de tous tes rites. « Depuis longtemps la calomnie s'est déchainée contre L'ordre de Misraïm ; des discours virulents ont été prononcés dans le Grand-Orient, des circulaires ont été lancées par lui. Si rien n'a été répondu, jusqu'à ce jour, à toutes ces diatribes, c'est que, forts de leur conscience et de leur dévouement au gouvernement, les enfants de Misraïm dédaignaient ces odieuses diffamations, dont tout le blâme devait retomber sur ceux qui en faisaient retentir les voûtes des temples maçonniques. Mais les calomniateurs, enhardis par le silence des Misraïmites, sont parvenus à inspirer des soupçons à l'autorité civile. La saisie des archives a eu lieu sur plusieurs  points de nos vallées, et le public, instruit de ce fait par les journaux, a pu croire un moment que les maçons Misraïmites étaient des ennemis de l'État de vrais conspirateurs. Or, comme il appartient à un enfant de défendre l'honneur de sa famille et d'empêcher qu'aucun doute ne s'élève sur les intentions de ses membres, nous avons pensé que le meilleur moyen d'y parvenir était de faire imprimer une réponse au discours de l'orateur du Grand-Orient, afin de rendre tous les maçons juges de la conduite de leurs Frères, les Misraïmites et de celle des Grands Orientistes. Très Illustres Frères, pour répondre victorieusement et en peu de mots au discours du Frère Richard, il suffirait de transcrire ici, et en regard des divers paragraphes qui le composent, les définitions des vertus maçonniques ; les voici : elles y formeront un bien singulier contraste. - La première de ces vertus est la tolérance - La deuxième, la vérité - La troisième, l'humanité - La quatrième, la bienfaisance - La cinquième, la fraternité. Or, rien n'est moins tolérant que les principes contenus dans 1e discours du Frère Richard. Rien n'est moins vrai que les faits qu'il y avance. Rien de moins humain que ses vagues et mensongères accusations. Rien de moins bienfaisant que sa fausse bienveillance. Rien de moins fraternel que ses perfides délations. Mais entrons dans quelques détails qui feront encore mieux ressortir l'absurdité des divagations du Frère Richard. La maçonnerie, dit-il, est seulement tolérée en France ; donc le Grand-Orient est la seule autorité maçonnique légitime. C'est un bien grand abus du mot si respectable de légitimité, que de l'appliquer à une seule autorité maçonnique ; mais passons sur cet excès d'inconvenance. En raisonnant d'une manière tout opposée à celle du Frère Richard, nous sommes sûrs de raisonner juste. Or, il est bien évident que dès que le gouvernement ne fait que tolérer la maçonnerie, toute autorité maçonnique qui n'est pas spécialement défendue par le gouvernement, est aussi légitime que le Grand-Orient. Les réunions qu'il tient sous sa dépendance, ajoute-t-il, les Loges qui se conforment à son rit sont les seules dont il veuille être responsable. Mais cette responsabilité n'est elle pas purement morale et les diverses puissances maçonniques des autres rites n'offrent-elles pas à l'autorité civile une semblable garantie pour toutes les Loges et Conseils qui dépendent d'elles? D'ailleurs, pourquoi toutes ces vaines distinctions, ces subtilités insidieuses? Tous les ordres maçonniques ont un but commun, tous doivent avoir pour base la tolérance, cette vertu sublime qui est le guide de tous les maçons : voilà leur vrai centre, leur point d'union. C'est à ce principe qu'ils doivent se rallier, et non à une seule et unique puissance qui, de son autorité privée, veut faire courber tous les maçons sous son joug, et qui, semblables à ces faux dévots qui crient au blasphème et lancent l'anathème contre ceux qui n'adorent pas Dieu à leur manière, voudrait voir crouler tous les temples à l'édification desquels elle n'a pas contribué. La maçonnerie est une, quel que soit d'ailleurs le rit que l'on y professe. Les mystères diffèrent entre eux ; mais le fond, le but, les effets sont tout-à-fait les mêmes. Tous les maçons reconnaissent une suprême intelligence, respectent le gouvernement et se soumettent aux lois de leur pays ; et si quelque Maçon s'est écarté de ces principes, ce n'est pas dans l’ordre de Misraïm qu'on peut le trouver. Le discours du Frère Richard est plus qu'intolérant, il est délateur ; car il cherche à déverser le blâme sur tous les rites étrangers au Grand-Orient, à exciter la haine contre eux, à appeler plus particulièrement l'attention du gouvernement sur celui de Misraïm, qu'il se plaît à dénigrer et à dénoncer. Lui Frère Richard qui, pour être élevé au 81e degré dans ce même ordre, a, malgré ses hauts grades dans le Grand- Orient, prêté serment de fidélité en ces termes :

« Je, Jean-Marie Richard, âgé de 59ans, natif de Coucy-le-Château, Souverain Grand-Prince du 77° degré du rit maçonnique de Misraïm, jure, promets et m'engage, sur la foi de mes précédentes obligations, sur mon honneur, sur le livre sacré de la loi et entre les mains du Supérieur Grand-Conservateur de l’ordre maçonnique de Misraïm et de ses quatre séries pour la France, des Souverains Grands Princes ici présents, de ne jamais communiquer à aucun maçon des degrés inférieurs, ou appartenant à un autre rit, les mystères de la 4e série qui me seront communiques, dût-il m'en coûter ma fortune et ma vie: promettant en outre la fidélité la plus absolue au rit de Misraïm, que je n'abandonnerai en aucun temps, même dans le cas où cette condition me serait imposée par tout autre rit dans lequel je suis ou pourrais être agrégé, m'obligeant à renoncer plutôt au rit qui me prescrirait de me séparer de celui de Misraïm, auquel je jure à jamais le plus inviolable attachement et obéissance à ses statuts généraux, me soumettant, en cas d'infraction, à la honte et au déshonneur que mérite le parjure. Fait et signé, sur mon honneur et conscience, à la Vallée du Monde, sous un point fixe de l'étoile polaire, répondant au 48° D. \ 50 m. \ 14 S. Lat. \ septent. \ À « L’O.de Paris, le 14e jour du 1er mois, anno lucis 5816 (14 mars 1816). « Signé, RICHARD. »

Ceci n'est point de la calomnie, Frère Richard ! C’est une vérité palpable, c'est une pièce existante, écrite en entier de votre main, consentie de votre libre volonté, signée de vous, et déposée dans les archives de la puissance suprême de Misraïm ; et, si vous osiez la démentir, on pourrait en faire imprimer le fac-similé, et renvoyer à tous les Ateliers maçonniques. Et c'est vous, Frère Richard, vous qui, en 1816, avez sollicité la faveur d'être promu au sublime grade du 81° degré, c'est vous, Frère Richard, qui trahissez aujourd'hui tous vos serments, et devenez le dénonciateur de l'ordre de Misraïm ! C'est vous qui le calomniez et le dénoncez comme troublant le repos des magistrats! Vous lancez les anathèmes contre un rit qui vous a accueilli fraternellement et qui vous avait assigné une place distinguée et honorable parmi ses membres ! Pour confondre toutes vos calomnies et répondre à tous vos mensonges, Frère Richard, il suffira de faire connaître à tous les maçons ce que vous-même feignez d'ignorer, en prétendant que Misraïm s'est réuni aux débris des deux sociétés écossaises. Depuis longtemps l'ordre de Misraïm était connu en France, et il existait même des Misraïmites, parmi les fiers disciples du Grand Orient. C'est en 1803, que, sous la protection des lois, ces Frères, se constituèrent en France, et quoique ce ne soit qu'en 1813, que les travaux du 70 degré aient été régularisés, ce Souverain Conseil, dans lequel vous avez, par la suite, prêté votre premier serment, existait bien longtemps avant qu'il fît la brillante acquisition du Frère Richard, et heureusement, la destinée de Misraïm ne dépend pas de l'absence ou de la présence de ce Frère Bientôt, et peu à peu, divers temples se sont élevés, non sur de mobiles pyramides égyptiennes, mais sur des colonnes vraiment maçonniques. Les bases en sont inébranlables, impérissables, car ce sont les vertus elles-mêmes. Vous ne savez plus quel nom donner à une société, de laquelle vous ayez désiré faire partie, et à laquelle vous avez prêté serment! Quelle inconséquence de votre part, ou bien quelle mauvaise foi!!! Quel est donc votre aveuglement, Frère Richard, et comment tant de fiel entre-t-il dans l'âme... d'un maçon, orateur du Grand-Orient? Mais tâchons de vous remettre sur la voie: « En 1816, divers membres du Grand-Orient, aux nombre desquels vous étiez, Frère Richard, sollicitèrent la faveur d'être initiés à nos mystères, et c'est ensuite qu'ils proposèrent individuellement une réunion au Grand-Orient. Mais les membres de la Puissance suprême connaissaient le concordat passé, en 1804, entre le Grand-Orient et le suprême Conseil écossais, et surtout la manière indécente avec laquelle il avait été rompu en 1805, époque à laquelle les membres du Grand-Orient, au mépris des devoirs les plus sacrés, violèrent le serment solennel qu'ils avaient prêté. Ce fait est malheureusement trop fameux dans les annales maçonniques. Lorsque vous prétendez l'ignorer, Frère Richard, vous en imposez à votre propre conscience, et si votre mémoire oublie les faits, comme votre cœur oublie vos serments, vous pourrez du moins réparer le tort de celle-là, en consultant la brochure intitulée : Extrait du cinquième cahier de l'Encyclopédie maçonnique, etc., par le Frère Chemin-de-Pontes, page 358 et suivantes. La connaissance de ce fait fut suffisante pour éclairer les vrais Misraïmites sur les vues ambitieuses du Grand-Orient. Les propositions verbales qui furent faites à quelques-uns d'entre eux furent repoussées avec indignation, et Misraïm resta dans toute sa pureté. Nous pouvons vous porter le défi, Frère Richard, de produire ou même de citer une seule démarche officielle faite par la Puissance suprême, auprès du Grand-Orient, pour qu'une semblable fusion s'opérât, à moins que cette démarche ne fût l'œuvre de quelques parjures ou transfuges de votre espèce qui, sans aucune instruction, sans aucun pouvoir, se seraient arrogés cette mission. C'est dès lors que vous et les vôtres n'avez cessé d'attiser les brandons de la discorde, et d'exciter à la guerre les paisibles maçons ; mais vos efforts ont été vains: la Puissance suprême est restée calme, et ses enfants, ralliés autour de l'autel sacré, ont adressé leurs vœux au Tout-Puissant pour qu'il dissipât vos erreurs, et fit cesser votre aveuglement. Mais, dites-vous, le 27e jour, 10e mois 5811, le Grand-Orient a pris un arrêté en 7 articles par lequel, etc. Et de quel droit, s'il vous plaît, le Grand-Orient a-t-il agité la question d'adopter un rit qui ne lui a pas été offert? D'où émanent ses pouvoirs? Quels sont ses titres pour se déclarer ainsi le chef suprême de toute la maçonnerie en France? S'il eût été bon père de famille, ii n'aurait pas été abandonné par ses propres enfants, il ne chercherait pas à ravir ceux des autres.

On doit cependant vous savoir quelque gré, Frère Richard, de la grande faveur que vous nous faites en convenant que le rit de Misraïm ne présente à la vérité rien de répréhensible, et qu'il renferme des principes de morale et de philosophie. Mais comment allier cette charité, cette apparente douceur, dont vous faites tant d'ostentation, avec les injures et les outrages dont vous blessez sans cesse vos propres Frères. Votre fausse bienveillance n'est donc que de l'hypocrisie, et celle-ci vient tout naturellement au secours de la calomnie. Vous accusez les membres de la puissance suprême de ne pas connaître ce qu'ils prétendent enseigner? Mais vous, Frère Richard, savez-vous bien ce que vous vous mêlez de professer? Êtes-vous aussi bon maître d'école dans le monde profane, que vous êtes bon rhéteur en maçonnerie? Professez-vous la logique, Frère Richard? Ah ! Dieu garde vos élèves de faire des progrès sous votre direction. Vous fausseriez leur judiciaire, vous n'en feriez que des pédants, des cuistres et des dénonciateurs. Et, en effet, ne dénoncez-vous pas vos Frères Misraïmites comme éveillant les soupçons des magistrats, et se faisant emprisonner journellement? Sommé de fournir les preuves d'un tel fait, pourriez-vous les administrer? Et ne tremblez-vous pas d'être honteusement démenti par ceux qui peuvent vous prouver qu'au lieu d'être incarcérés, tous les maçons Misraïmites ont été reçus partout de la manière la plus fraternelle? Si du moins, vous étiez conséquent dans vos inventions, vous ne retomberiez pas sans cesse dans des contradictions manifestes, vous n'auriez pas affirmé avec tant d'assurance que les cahiers du premier rit de Misraïm n'existaient pas, pour déclarer ensuite effrontément qu'ils étaient en votre possession, que nous n'en avions que des copies. Le contraire serait bien plus vrai, Frère Richard? Et avouez même, que si vous en avez des copies, le moyen par lequel vous les avez eues n'est pas trop licite, et que cette manière de s'instruire n'est pas celle d'un franc-maçon. C'est avec la même impudeur que vous niez l'existence de nos 90 degrés, tandis que votre Grand-Orient, qui, pour vous, doit être l'oracle suprême, a proclamé par sa circulaire du 27e j.\ 10e mois 5817, que de ces 90 degrés, il en possédait au moins 68. Vous désignez les délégués Misraïmites comme des êtres rapaces qui vendent à tous prix ces 90 degrés; vous prétendez qu'ils recrutent leurs adeptes dans les lieux publics; vous comparez leur style emphatique à celui de Cagliostro; enfin, vous cherchez par tous les moyens possibles à ridiculiser une association maçonnique dont vous fîtes partie, et peut-être par cela seul que vous n'êtes plus digne d'y figurer. Mais répondez franchement à cette question (si toutefois cela vous est possible) : Comment le Grand-Orient fait-il pour payer son local, et solder ses secrétaires ? Les meneurs de sa HAUTE PUISSANCE fouillent sans doute dans leur poche, et, par une suite de cette même générosité, toutes les loges et tous les maçons de leur dépendance, reçoivent gratis les lettres constitutives, diplômes, instructions, etc., etc. Qu'en dites-vous, Frère Richard ?

Malheureusement on sait le contraire, et l'on pourrait citer des Loges qui se plaignent d'avoir envoyé des fonds, et de n'avoir jamais reçu du Grand-Orient les objets qu'ils avaient demandés. Beaucoup plus francs que vous, nous vous dirons : que nos chargés de pouvoir, qui, par une double ironie bien déplacée, sont qualifiés par vous de missionnaires, ont créé sur les divers points du triangle des loges et des conseils, composés en grande partie de maçons très éclairés que l'intolérance du Grand-Orient a éloignés de son sein ; que les néophytes admis par eux à nos mystères ont toujours été choisis parmi des hommes dont la morale et la probité étaient à toute épreuve ; que tous ces Frères ont payé le juste tribut administratif de l'ordre ; mais qu'en échange, la Puissance Suprême a accompli envers eux tous ses engagements, et que chaque jour, ces Frères se félicitent de leurs relations maçonniques avec elle. A quoi tendent donc, Frère Richard, toutes ces vagues diffamations? Auriez-vous cru, par hasard, qu'en nous désignant pour victimes, vous échapperiez au sacrifice? C'est là le rôle du délateur, vous en seriez-vous chargé ? Et comment n'avez-vous pas senti qu'en voulant renverser les temples de Misraim, vous ébranliez vous-même les colonnes de votre Orient. Le gouvernement est trop juste pour ne pas protéger ou frapper également. Si tel a été votre aveuglement, Frère Richard, si dominé par le fatal esprit de secte, vous avez espéré susciter contre nous une persécution spéciale, votre but a été rempli en partie et vous devez avoir éprouvé une certaine satisfaction, en voyant que vos calomnies et vos diffamations ont en effet éveillé l'attention de l'autorité civile et lui ont inspiré des soupçons contre nous; mais votre joie ne sera qu'éphémère ; modérez-en les transports; ne vous enorgueillissez pas du succès. Nouveau Jupiter-Scapin, vous croyez peut-être avoir foudroyé Misraïm, et vous avez, au contraire, préparé son grand triomphe. C'est dans le temple de la justice que l'on compulse les papiers nombreux qui appartiennent à notre ordre, leur examen prouvera la pureté de nos actions, l'antiquité de notre institution, la régularité de nos travaux, la tolérance qui accompagne toutes nos actions, notre dévouement aux lois et au gouvernement paternel qui nous régit. Croyez cependant que, rentrés en possession de ces mêmes papiers, et rendus au libre exercice de leurs mystères, les Misraïmites n'en seront ni plus vains ni moins tolérants. Si même, les membres du Grand-Orient, revenus de leurs erreurs, renoncent à leur système oppressif et tyrannique, les enfants de Misraïm, qui ne les ont jamais exclus de leurs temples, les verront avec plaisir se rapprocher d'eux et dans leurs épanchements mutuels, renoueront avec une douce satisfaction la chaîne d'union qu'ils n'ont jamais rompue, et qui doit resserrer les liens de la fraternité maçonnique. Voilà nos vœux ; puissent-ils se réaliser ! Puissions-nous voir les maçons de tous les rites, éclairés du flambeau de la vérité, prospérer sous les lois de la tolérance et de la charité fraternelle, et adresser des concerts de louanges au Tout-Puissant, pour qu'il répande ses bénédictions sur nos travaux, qui n'ont pour but, que la gloire de son nom, la pratique des vertus, et le bien de l'humanité.

VERNHES, 87e

Le 18 janvier 1823, une perquisition chez le Frère Jean François Vehrnes, à Montpellier, permit cependant de découvrir des documents anticléricaux, et le Rite fut dissout par le tribunal correctionnel, probablement en raison des sympathies napoléoniennes des frères Bédarride, demi-soldes de l'armée impériale. Le Rite Oriental de Misraïm, dénoncé aux forces de police comme un repaire de séditieux, «antimonarchiques et anti-religieux », prêts pour l'insurrection, devint l'espace de rencontre de tous les opposants au régime, ce qui entraîna progressivement son déclin. Les autorités confisquèrent une grande partie de ses archives, qui se trouvent aujourd'hui aux Archives Nationales.

 

 

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