Franc-maçonnerie égyptienne, le rite de Misraïm

Franc-maçonnerie égyptienne (1)

INTRODUCTION

 

Compte tenu du nombre d’Obédiences et de Loges Souveraines se référant à l’Egypte qui ont vu le jour depuis que notre Illustre et regretté Frère Robert Ambelain nous a quitté pour l’Orient éternel, cet ouvrage a été rendu nécessaire afin clarifier l’histoire du Rite Oriental de Misraïm depuis les prémices de sa fondation, et mieux comprendre l’engouement des Sœurs et des Frères qui l’ont choisi pour accompagner leur quête dans un monde qui peu à peu a perdu de ses valeurs spirituelles.

Aujourd’hui, dans les sphères dirigeantes des Ordres maçonniques, on peut déplorer qu’il y ait plus de tabliers que de maçons. Sous couvert d’avoir acquis, voir acheté des degrés de perfectionnement qui se devraient vécus et personnels, certains soit disant Frères peu scrupuleux  se sont attribués des prérogatives de pouvoir, créant des obédiences plus administratives que spirituelles, confondant la notion de service avec celle de se servir.

Certes, la franc-maçonnerie est une institution régie par la loi, et à ce titre elle se doit de rendre des comptes aux administrations laïques et républicaines de notre pays. Toutefois, les Obédiences ont toujours eu une fâcheuse propension à s’approprier des droits sur les rites suivis par leurs membres, sans pour autant toujours en respecter les règles et devoirs de transmission.

Si comme nous l’entendons, la Franc-maçonnerie est universelle, elle ne peut donc appartenir à quiconque. Elle est un idéal de vie où la Tolérance et la Fraternité en sont les deux piliers principaux. L’Initiation à ses mystères fait de ses membres des adeptes réputés libres, liés par un Serment de discrétion et d’assistance, de transmission et de justice. Les Francs-maçons se prétendent donc les garants privilégiés d’une règle morale sur laquelle tous se reconnaissent.

C’est le respect de cette règle qui fait le maçon, pas celui du règlement profane et administratif que lui imposent certaines obédiences. Malheureusement, au nom de je ne sais quelle argutie, le maçon régulièrement Initié par ses pairs, aussi sincère et honnête qu’il soit, n’est plus rien dans le landerneau maçonnique s’il n’est pas patenté par telle ou telle de ces administrations.

C’est dans cet esprit d’indépendance, sous Patente certifiée du Grand Maître Mondial des Rites Confédérés, dont celle de Misraïm, que trois Loges réputées souveraines furent installées conformément aux statuts du Rite Oriental de Misraïm, par le Souverain Grand Conservateur 33e, 66e et 90e degré Robert MINGAM, et qu’une Grande Loge fut fondée sous le signe distinctif «  Grande Loge Française de Misraïm », administrée par le Souverain Grand Maître André JACQUES 90e et dernier degré du Rite.

De nombreuses Loges de diverses obédiences participèrent au réveil de cet ancien Rite égyptien, et contribuèrent à son développement. Certaines sont toujours restées sous l’autorité Spirituelle et Administrative de la Grande Loge Française de Misraïm. D’autres, en mal de reconnaissance par les Grands appareils que sont les obédiences dites régulières, ont choisi de s’y faire affilier, sans pour autant abandonner leur identité de maçon Misraïmite. Ce fut le cas notamment pour la Respectable Loge Hatshepsout, à l’Orient de Paris qui, fondée en septembre 2000, a rejoint en 2008 la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (GLISRU).

 

1.

GENESE DE LA FRANC-MACONNERIE

 

La terminologie grammaticale concernant la Franc maçonnerie suggère un lien avec le métier des maçons et avec l’architecture. Le préfixe « franc »  avait en son temps pour signification, « celui qui était pleinement compétent pour exercer le métier de façon indépendante ». Aussi, la Franc maçonnerie telle que nous la connaissons aujourd’hui aurait pour origine les confréries de tailleurs de pierre, véritables corps professionnels dont les membres, surtout depuis le XVIe siècle, seraient devenus de moins en moins « opératifs » et de plus en plus « spéculatifs », ce qui laisse à penser que ces associations auraient cessé de recruter parmi les ouvriers, les architectes et les maîtres d’œuvre. Pourtant, elle conservera le langage imagé des symboles opératifs, où chaque outil sert au dialogue de l’homme avec la matière, elle-même considérée comme de l’esprit en sommeil.

Cependant, si l’on peut prétendre que la Maçonnerie opérative serait née avec la première construction édifiée en pierre datant historiquement d’environ 30 siècles avant notre ère (périodes dynastique de l’Ancien Empire égyptien où furent élevées les plus grandes Pyramides), la maçonnerie spéculative, quant à elle, remonterait obligatoirement au projet même de cette première réalisation. Car pour finaliser une œuvre structurée, il faut avant tout l’avoir imaginée, en avoir conçu le concept, en avoir étudié les formes en fonction du but recherché, et avoir déterminé une méthode avec les moyens à disposition. Il ne s’agit pas là de minimiser le rôle de l’ouvrier bâtisseur qui, à son niveau, aura créé l’outil et façonné la pierre. Il s’agit de comprendre quelles étaient ses motivations, quel était le moteur de son génie.

Alors, considérant les origines de la Franc maçonnerie moderne, deux courants s’affrontent fraternellement. Les uns pensent que ce singulier mouvement remonterait au moins à l’Egypte pharaonique, sinon à l’édification du Temple de Salomon, et les autres, peut-être plus pragmatiques, considèreraient qu’il fut fondé à Londres, sous sa forme obédientielle actuelle, en février 1717. Pourtant, les racines spirituelles de ces deux courants sont si profondément ancrées dans l’histoire de l’humanité que les symboles auxquels ils s’identifient s’amalgament parfaitement avec le traditionnel esprit des bâtisseurs. Aussi, quelle que soit la branche ou le rameau fragile choisi par les uns ou les autres, de cet arbre plusieurs fois millénaire qui symbolise la primordiale tradition, tous sont nourris de sa substantifique sève.

Aussi loin que remonte la mémoire de l’humanité, c’est la foi qui poussait l’individu à se transcender. Cependant la spiritualité, c’est à dire l’élévation d’un état de conscience vers un autre état de conscience n’était pas forcément dépendante d’un dogme. C’était une voie parmi tant d’autre que l’on pouvait choisir, à condition d’en avoir les moyens, et une relative liberté de pensée et d’action. Aussi, la vraie maçonnerie spéculative, celle qui est née de la créativité humaine, a ouvert la voie au progrès de l’humanité, à des époques où la sédentarisation de l’individu et son organisation en société tribale puis en nation avait certainement contribué à son élévation intellectuelle, sociale et spirituelle. Même si certaines intelligences se sont alors emparées du pouvoir pour en tirer profit, la condition humaine s’en est toujours trouvée grandie.

C’est vraisemblablement en Egypte qu’apparaissent les premiers édifices en pierre. Outre l’architecture funéraire permettant de préserver l’intégrité des défunts dans un environnement hostile, s’est développé une architecture religieuse propre à percevoir et véhiculer des mystères et des sciences tirées d’ancestrales traditions. Cependant, il est peu vraisemblable qu’une telle civilisation, limitée par l’archaïsme de ses techniques, ait pu, en observant la nature et les astres, en concevoir une science religieuse, et imaginer puis bâtir des tombeaux, des temples et des pyramides, véritables bibles de pierre, sans un support historique et spirituel. Il est possible qu’à certaines époques de son histoire, l’Egypte ait eu accès à certaines connaissances scientifiques, héritage d’un prestigieux passé, et qu’elle se soit appliquée à les véhiculer au sein de ses écoles de mystères.

De l’esprit de cet héritage scientifique qu’ils attribuèrent au dieu  Thot (le protecteur des arts et des sciences, qui créa le langage, les hiéroglyphes et écrivit entre autres les Livres d’architecture sacrée  et de médecine), les Egyptiens en tirèrent la lettre, et la gravèrent dans le matériau qui leur semblait le plus approprié à sa pérennité, c'est-à-dire la pierre. Ils portèrent dans la Grèce, la pensée originale de leurs enseignements, et de leurs premières applications, leurs mystères et les institutions qui en dépendaient. La palilia égyptienne devint la dionysia grecque. Les architectes chargés de la construction des édifices religieux étaient tenus au sacerdoce par l’initiation ; on les appelait « ouvriers dionysiens, ou dionysiastes ». Durant environ 1000 ans, ils bâtirent des temples, des théâtres et des édifices publics dont les ruines témoignent encore aujourd’hui de leur grandeur passée. Leur organisation à Téos, environ 300 ans avant notre ère atteste d’une ressemblance frappante avec celle des Francs-maçons de la fin du XVIIe siècle. Ils avaient une initiation particulière, des mots et des signes de reconnaissance. Ils étaient divisés en communautés séparées, comme des Loges, qu’on appelait collèges, synodes, sociétés, et qui étaient distinguées par des titres, tels que « communauté d’Attalus, communauté des compagnons d’Eschine ». Chacune de ces communautés était sous l’autorité d’un Maître et de présidents, ou surveillants qu’elle élisait annuellement. Dans leurs cérémonies secrètes, leurs membres se servaient symboliquement des outils de leur profession. Ils avaient aux solstices d’été et d’hivers, des banquets et des assemblées générales au cours desquelles ils décernaient des prix aux ouvriers les plus habiles.

Plus tard, les Perses, les Chaldéens et les Syriens adoptèrent cette méthode d’enseignement et de transmission au sein d’écoles de mystères, dont on retrouve des traces dans les nations modernes jusqu’à la fin du XVIIe siècle.

Ces corporations, principalement répandues en Egypte et en Syrie, devaient avoir des établissements en Phénicie, pays limitrophe, car à cette époque, tous les pays se copiaient. Bien que primitivement inconnue en Judée, selon la Bible, les corporations Juives d’origine égyptienne, comme les Phéniciens, avaient fait en Egypte le métier de maçon. Aussi, il est fort probable que ces corporations durent y être introduites lors de la construction du temple de Salomon.

La Bible montre les maçons juifs se confondant avec les maçons Tyriens, malgré la répugnance ordinaire des Israélites pour les étrangers ; et la tradition maçonnique, qu’il ne faut pas dédaigner, précise que les ouvriers qui contribuèrent à l’édification du temple se reconnaissaient entre eux au moyen de mots et de signes secrets, semblables à ceux qui étaient employés par les maçons des autres contrées. Il y avait, au surplus, entre les Juifs et les Tyriens, conformité de génie allégorique, notamment en ce qui touchait l’architecture sacrée.

Il existait, à l’époque de la construction du temple de Salomon, une association religieuse dont les membres étaient appelés khasidéens, confrérie de dévots associés pour entretenir ce bâtiment et pour en orner les portiques. On s’accorde à reconnaître que ce serait du sein de cette société que serait sortie la célèbre secte des esséniens, dont les juifs et les Pères de l’église chrétienne ont parlé avec une égale vénération, et aux mystères de laquelle Eusèbe prétend que Jésus fut initié.

Si nous ne pouvons attester que les maçons juifs et les dionysiastes formaient une seule et même association sous des noms différents, il n’en est pas de même des rapports qui ont existés entre les dionysiastes et les corporations d’architectes romains. Ces rapports sont historiquement établis depuis l’an 714 avant notre ère. C’est Numa Pompilius qui à cette date accorda franchises et privilèges à tout artisan bâtisseur acceptant de porter hors de Rome l’influence de sa civilisation, donnant ainsi à son peuple les moyens politiques de conquérir efficacement le monde occidental. Le maintien de l’ordre dans un pays autoritairement occupé, engendrant généralement la révolte et nécessitant par voie de conséquence un grand nombre de soldats pour faire face à toutes rebellions, les Romains ont rapidement compris que la conquête militaire n’était qu’un premier pas vers une réelle romanisation, et que seule l’acceptation par le peuple d’une administration civile pouvait en assurer l’unification. C’est donc en portant hors de ses frontières l’expression de la puissance de Rome, et en imposant leur art de vivre au travers de l’architecture et du commerce que les romains ont réellement conquis l’Europe.

Les collegia romaines existaient à la fois comme sociétés civiles et comme institutions religieuses, et leurs rapports envers l’état et le sacerdoce étaient déterminés avec précision par la loi. Indépendamment des collèges d’Architectes établis à poste fixe dans les villes, il y avait à la suite des légions, de petites corporations architectoniques dont la mission était de tracer le plan de toutes les constructions civiles, militaires et religieuses, partout où la nation romaine porta ses armes victorieuses. Le schéma de ces collèges est rigoureusement le même que celui des francs-maçons d’aujourd’hui.

Les collèges subsistèrent dans toute leur vigueur  jusqu’à la chute de l’Empire romain. L’invasion des barbares les réduisit à un petit nombre. Durant 300 ans, les privilèges accordés aux bâtisseurs furent suspendus. Les secrets de métiers et les anciennes traditions, conservés dans les monastères ne concernaient plus qu’une minorité de constructeurs. Les règles et connaissances de l’architecture étaient transmises et rédigées en latin, alors que le peuple ignorant de cette langue parlée et écrite par les prêtres, ne pouvait avoir accès à leurs archives. Dans cette époque troublée,  seuls les Moines étaient assez puissants et qualifiés pour bâtir et restaurer leurs édifices. Cependant, après la conversion de Clovis au catholicisme, les corporations fleurirent à nouveau. Les prêtres, qui s’y firent admettre comme membres d’honneur et comme patrons, leur imprimèrent une utile impulsion et les employèrent activement à bâtir des églises et des monastères.

Du VI au IXe siècle, sous la domination lombarde, ces corporations de bâtisseurs apparaissent sous les noms de « corporations franches et de confréries ». Elles avaient toujours leur enseignement secret et leurs mystères, quelles appelaient  « cabale », ainsi que leurs juridictions, leurs immunités et leurs franchises. Composées d’abord exclusivement d’Italiens, les associations maçonniques ne tardèrent pas à admettre dans leurs rangs des artistes de tous les pays où elles élevaient des constructions. C’est ainsi qu’il y entra successivement des Grecs, des Espagnols, des Portugais, des Français, des Belges, des Anglais et des Allemands. D’un autre côté, des prêtres et des membres des ordres monastiques, ainsi que des ordres militaires s’y firent également recevoir en grand nombre, et coopérèrent à leurs travaux comme architectes et mêmes comme simples ouvriers. De ce nombre étaient les « frères pontifes », qui s’occupaient particulièrement de la construction des ponts. Etablis en 1178 à Avignon, ce sont eux qui y bâtirent le célèbre pont d’Avignon ainsi que presque tous les ponts de la Provence, de l’Auvergne, de la Lorraine et du Lyonnais.

Après la mort de Charlemagne, lors du démembrement, l’Empire fut progressivement morcelé en une multitude de principautés et de seigneuries, dont les châteaux symbolisaient et assuraient tout à la fois le pouvoir du chevalier sur les manants, et son autonomie à l’égard du roi. Les gouverneurs installés par Charlemagne se constituèrent de leur propre chef, seigneurs héréditaires. Les Francs cessèrent d’être des conquérants mais ne déposèrent pas pour autant les armes, seules leurs proies changèrent. Rassemblés sous la bannière d’un chef dans des repaires féodaux construits pour contenir les envahisseurs, ils exigèrent du peuple désarmé le partage de ses biens contre une protection militaire et se mirent également à rançonner les voyageurs. Dans ces conditions, les corporations de bâtisseurs cessèrent toute activité civile et se consacrèrent aux travaux de fortification dans les monastères.

Au Xe siècle, comme approchait l’an 1000 annonçant le règne millénaire et glorieux du Messie sur la Terre, précédant le jour du jugement dernier, on put constater dans presque toute l’Europe, une réédification des bâtiments à vocation religieuse et des églises. Une véritable émulation poussait chaque communauté chrétienne à en avoir une plus somptueuse que celle du voisin. Faute de pouvoir tout réaliser seuls, les Moines bâtisseurs durent s’entourer d’artisans, à qui ils enseignèrent l’art de construire et à qui ils accordèrent un certain nombre de privilèges. Ces moines bâtisseurs ne relevaient que de l’autorité des Papes et leurs ordres étaient affranchis de toutes les lois et statuts locaux, édits royaux et tous règlements municipaux. Les Papes conférèrent à ces corporations d’artisans qui aidaient à la propagation de la foi, un monopole qui embrassait la chrétienté toute entière. Aux corporations d’artisans dépendant de l’autorité civile ou militaire spécifiquement utilisés pour la construction de forteresses, de bâtiments administratifs et civils, l’église proposa le même statut que les collèges Gallo-romains des premiers siècles de notre ère et octroya aux confréries de bâtisseurs travaillant à sa gloire, toutes les garanties et toute l’inviolabilité que sa suprématie spirituelle lui permettait d’imprimer. Ils leur accordèrent un certain nombre de privilèges tels que la liberté de circuler et de non-assujettissement à l’impôt corporatif ainsi que la suppression des lourdes sujétions imposées par la tutelle des pouvoirs en place. Dans cette société en constante évolution, les corporations se développèrent au point de se démarquer de l’église, en traitant parfois d’égal à égal avec leurs anciens Maître.

Jusqu’à l’arrivée des chevaliers du Temple en 1152, la Franc maçonnerie était attachée au monde monastique. Elle avait conservé son organisation traditionnelle et primitive, ses enseignements secrets et ses mystères. Elle avait également gardé ses juridictions, son immunité et ses franchises. En introduisant un nouveau style architectural, et en finançant de grands chantiers, l’Ordre du temple fut à l’origine du prodigieux essor des communautés de constructeurs dont il n’était que le principal protecteur.

Il est incontestable qu’en Terre Sainte, des maçons ayant participé aux croisades, furent reçus dans des cercles architectoniques musulmans. L’introduction et l’utilisation de plans jusqu’alors inconnus en occident pour la construction des édifices religieux le démontrent, comme dans certaines églises de forme octogonales ou de sceau de Salomon, telle la rotonde de la chapelle du Temple à Paris.

Suite à la trahison du Roi de France Philippe Le Bel et de la Sainte église catholique qui siégeait en Avignon en l’an 1314, Jacques de Molay, dernier Grand Maître de l’Ordre du Temple fut supplicié en place de Grève. Ce jour-là, les Francs-maçons auraient, selon les chroniqueurs de l’époque, juré en représailles, de ne plus construire en France, d’édifices publics ou religieux. C’est pourquoi, entre le 14e et le 18e siècle, les documents sont presque nuls en ce qui touche les corporations d’Architectes en France. Cependant, à contrario, on trouve sur la plupart des églises européennes de nombreux témoignages de leur existence. Poursuivis par la milice royale, ils accompagnèrent les Templiers qui avaient pu fuir vers l’Angleterre, l’Ecosse, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Portugal. Partout en Europe, on trouve leurs traces, notamment à Strasbourg, Zurich, Cologne, Florence etc.… L’histoire de l’Angleterre, jusqu’au XVIe siècle, constate également qu’à diverses reprises, des maçons français coopérèrent à la construction d’églises, de châteaux et de fortifications. C’est dans ce pays qu’encouragée et soutenue par des prélats, des princes et même des rois, la maçonnerie pu garder son identité. Après les Templiers, ce fut l’Ordre de Malte qui, jusqu’au XVe siècle conserva la tête de la confrérie, et qui lui rendit son éclat.

C’est à cette époque justement, que les autorités françaises, civiles et religieuses,  ne pouvant  trouver  de main  d’œuvre  pour bâtir, se tournèrent vers les maçons Italiens qui imposèrent un style architectural nouveau : le style renaissance. La Franc maçonnerie Française quant à elle, resta fidèle à ses engagements jusqu’au 18e siècle.

L’Écosse semble être au cœur de sa mutation, à partir de l’extrême fin du XVIe siècle et tout au long du XVIIe. La date la plus ancienne dont nous puissions faire état pour ce qui va devenir la franc-maçonnerie est 1599. Cette année-là, William Schaw, maître des bâtiments du roi à Edimbourg donne de nouveaux règlements aux maçons. Ces « Statuts Schaw» présentent une conception nouvelle de la loge qui va devenir celle que nous connaissons encore aujourd’hui. Elle n’est plus liée à un chantier forcément temporaire, mais se voit dotée d’une personnalité morale et pérenne. C’est aussi de 1599 que date le premier procès-verbal dont nous disposons, en l’occurrence le compte rendu des travaux de la Loge d’Aitcheson’s Haven – un hameau sur la côte, à une dizaine de kilomètres à l’Est d’Edimbourg – le 9 janvier 1599. À partir de cette date, toute une série de documents font la jonction avec la franc-maçonnerie actuelle.

Cependant, il est très probable que tout n’ait pas été inventé en 1599, car les statuts Schaw reprennent des éléments des « Anciens Devoirs», les règlements des maçons du Moyen Âge, ce qui signifie qu’il y a bien dû y avoir un lien entre les maçons médiévaux et ceux du XVIe siècle, même s’il n’est pas documenté.

Franc-maçonnerie du XVIIe siècle

Avant l’arrivée même de Misraïm, Il y avait eu, sur le Continent, quelques rites qui s’étaient réclamés de l’Egypte ou qui s’en étaient inspirés. Plusieurs Rites ou Ordres initiatiques avaient existés en France à la fin du XVIIe siècle et faisaient très vraisemblablement suite à divers courants mystiques, non maçons, beaucoup plus anciens, tels que le Rite dit "de Narbonne", qui  était l’héritier de deux courants venus du passé Egyptien et Rosicrucien.

Lorsque les rituels égyptiens furent rédigés, il y avait plus d'un siècle que le courant rosicrucien avait revendiqué la continuité égyptienne. En 1617, Michael Maier écrivait déjà dans son Silentium post clamores ; " les rose-croix sont les successeurs des collèges des Brahmanes Indous, des Égyptiens, des Eumolpides d'Eleusis, des Mystères de Samotrace, des Mages de Perse, des Gymnosophites d’Éthiopie, des Pythagoriciens et des Arabes ".

Les deux plus anciennes références relatant des initiations maçonniques concernent des hommes ayant été en relation directe ou indirecte avec le Rosicrucianisme.

La première concerne sir Robert Moray. Elle rapporte que le 20 mai 1641, il fut initié à la Maçonnerie dans la Loge Mary’s Chapel d’Edimbourg. Il est intéressant de noter que Robert Moray fut l’un des membres fondateurs de la Royal Society, passionné d’alchimie, est le protecteur de Thomas Vaughan (1622-1666). Or, ce dernier, sous le pseudonyme d’Eugenius Philalethe, est l’auteur de The Fame and Confessio (1652), traduction anglaise de la Fama Fraternitatis et de la Confessio Fraternitatis.

La seconde référence se rapporte à Elias Ashmole (1617-1692). Dans une note, il rapporte qu’il fut admis dans une Loge maçonnique à Warrington, le 16 octobre 1646. Six ans plus tard, il publie le Theatrum Chemicum Britannicum (1652), un volume qui regroupe une importante collection de traités alchimiques. Dès les premières lignes de son livre, Elias Ashmole se réfère à la Fama Fraternitatis pour mettre en évidence l’importance de l’alchimie en Angleterre. Il rappelle aussi que le premier Manifeste rosicrucien indique qu’un des quatre premiers compagnons de Christian Rosenkreutz, le « Frère I.O.», était venu en Angleterre. Outre ses nombreuses références à Michael Maïer, célèbre défenseur du Rosicrucianisme, il faut savoir que l’on a retrouvé dans les papiers d’Ashmole une copie autographe de la Fama Fraternitatis et de la Confessio Fraternitatis, ainsi que le texte d’une lettre dans laquelle il demandait son admission dans la Rose-Croix.

La franc-maçonnerie française n’apparaît qu’à la fin du XVIIe siècle, en 1688 exactement, avec l'exil des Stuart. Réfugiés en France, à Saint Germain en Laye, les Stuart étaient accompagnés d'une partie de leurs fidèles parmi lesquelles de nombreux maçons écossais qui constituèrent la première Loge française.

Franc-maçonnerie du XVIIIe siècle

Si la maçonnerie opérative et la maçonnerie spéculative ont toujours nécessairement su cohabiter, c’est en 1702, à Londres, qu’une décision fut prise pour changer les statuts de la confrérie. A cette époque la maçonnerie était malade des discussions politiques et des querelles religieuses qui troublaient la fin du règne de la reine Anne d’Angleterre. Beaucoup de Loges cessèrent de se réunir. Les assemblées et fêtes annuelles furent généralement négligées. Les choses étaient en cet état, lorsque les maçons de Londres et des environs résolurent de faire une nouvelle tentative pour rendre quelque vigueur à leur institution chancelante.

S’il est généralement admis que les activités de la Franc-Maçonnerie, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, débutent officiellement au XVIIe siècle, c’est l’acte fondateur de cette Société datant du 24 juin 1717 qui en détermine l’origine. Quatre Loges qui existaient encore en Angleterre (l’Oie et le gril, la Couronne, le Pommier et le gobelet,  et les raisins), auxquelles se joignirent quelques maçons isolés, s’assemblèrent à la taverne du Pommier pour se constituer en Grande Loge. C’est donc à partir de cette date que la maçonnerie anglaise serait devenue spécifiquement spéculative sous l’appellation de «Grande Loge unifiée d’Angleterre », et que furent fondées les Grandes Loges de Londres et de Westminster, où une fraternité de métier (celle des Compagnons bâtisseurs) s’y est transformée en une société de rencontres et de convivialité.

Ce phénomène est exclusivement britannique car en France, les compagnonnages ne se sont jamais transformés en franc-maçonnerie.

Cette maçonnerie, qui se qualifiait elle-même de Moderne, composée de membre qui ne sont pas du métier mais « acceptés » n’avait pourtant aucune légitimité, puisque ces trois ateliers furent constitués à la hâte par des hommes qui, pour la plupart, n’avaient reçu aucune Initiation traditionnelle leur octroyant la capacité de créer des Loges et de véhiculer un enseignement approprié.

La maçonnerie anglaise, telle qu’elle se présentait à ses débuts, ne pouvait donc perdurer sans prétendre à une filiation historique, ou à défaut spirituelle. C’est pourquoi, en 1723, soit 6 ans après sa création, celle-ci se dota de constitutions, compilées par le Pasteur James Anderson sur les anciens Landmark des maçons opératifs, c’est à dire les anciens devoirs et règles initiatiques des Frères dont ils pillèrent les rituels. Ainsi, la date qui marque le mieux la fondation de la Franc-Maçonnerie est celle qui voit la publication de la Constitution d’Anderson (1727) par le duc de Wharton, son Grand Maître à l’époque.

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Frontispice de la Constitution d’Anderson de 1723

Ce texte, présenté comme une refonte et une correction de vielles archives maçonniques, fut rédigé par James Anderson, Jean-Théophile Désaguliers et Georges Payne. Les « archives » en question sont les Old Charges, ou Anciens Devoirs, textes appartenant aux anciennes guildes de Maçons opératifs, dont les plus anciens remontent à 1390 (ex. : Regius, 1390, et Cooke, 1410). Mais plutôt que de descendre directement des anciennes guildes de Maçons opératifs (les Constructeurs) la Franc-Maçonnerie est une Société de penseurs — on parle de Maçonnerie spéculative — qui a emprunté une partie de sa symbolique aux Constructeurs.

C’est ainsi qu’en Angleterre, Grande puissance colonialiste du 18e siècle, se développa une maçonnerie de forme obédientielle, distribuant des patentes de régularité à qui se soumettait à ses diktats. Commence alors la grande aventure des Ordres maçonniques, tout d’abord dans les pays du Commonwealth, puis dans tous les autres pays. A partir de l’Angleterre, la Franc maçonnerie se propagea rapidement sur le continent, où elle fut considérablement enrichie par de nouveaux apports.

A ses débuts, la Franc-Maçonnerie ne se présente pas véritablement comme une société initiatique. Ses cérémonies sont d’ailleurs qualifiées de « rites de réceptions ». Le terme « initiation » n’apparaît dans ses textes que vers 1728-1730, et il ne deviendra officiel en France qu’à partir de 1826. Même si le rituel propre à la Maçonnerie confère un aspect mystérieux à ses réunions, les Loges sont essentiellement des lieux où l’on pratique la philanthropie et où l’on cultive les beaux-arts. Ce n’est que progressivement qu’elle va développer un aspect initiatique et ésotérique.

Au XVIIIe siècle, la Franc-Maçonnerie n’a pas l’organisation que nous lui connaissons aujourd’hui. Elle ne prend sa structure de base, composée de trois degrés, Apprenti, Compagnon, Maître (Maçonnerie bleue) qu’après quelques années. Elle ne comportait initialement que deux grades, ceux d’Apprenti-entré et de Compagnon. Un troisième, dit de Maître, apparaît vers 1730. Il faut attendre la seconde édition de la Constitution d’Anderson, celle de 1738, pour trouver une référence officielle à ce degré, et patienter jusqu’en 1760 pour que la symbolique qui lui est attachée, celle du mythe d’Hiram, soit vraiment admise en Angleterre. En France, le grade de Maître n’apparaît qu’à partir de 1744.

Pour la Grande Loge Unie d’Angleterre, la franc-maçonnerie commence donc en 1717 et pour elle, il n’existe rien avant cette date, ni après non plus en dehors d’elle-même. Au silence des siècles précédents succèdent les balbutiements qui émanent de cénacles les plus secrets. Les plus anciens dépôts recueillis et conservés dans différentes traditions ne demandent pourtant qu’à s’exprimer. Les conservateurs des diverses initiations commencent à présent à se manifester, à communiquer entre eux, et à constituer, à défaut de réseau, un courant nourri des diverses sources, jusque-là isolées et sans communication entre elles. Les sociétés réputées secrètes deviennent alors discrètes. L’héritage des temps anciens, ce riche ensemble de savoir hermétique et ésotérique qu’apporte le siècle libéré et libérateur des Lumières, ne peut pas avoir été confié à une seule et unique structure. La Grande Loge de Londres n’en a pas le monopole. Aussi, dès sa création, sa légitimité et sa prétention à tout vouloir régenter sont immédiatement contestées. Des Loges existaient ailleurs, en Ecosse, à York, à Saint Germain en Laye… La Tradition toujours vivante revenait en force.

La première Loge dont l’établissement en France soit historiquement prouvé est celle que la Grande Loge de Londres institua à Dunkerque en 1721 sous le titre distinctif de « l‘Amitié et la Fraternité ». Très vite, d’autres Loges furent créées, d’abord à Paris, puis à Bordeaux et Valenciennes. Les cérémonies avaient lieu dans des auberges dont l’insigne servait de titre distinctif.

En France, vers 1730 fut instituée une franc-maçonnerie féminine. Fixée définitivement qu’après 1760, elle ne fut reconnue par le corps administratif de la maçonnerie qu’en 1774, mais ses degrés et postes d’officiers comportaient des termes empruntés à la marine (mousse, patron, chef d’escadre, vice-amiral et même Amiral pour le Grand Maître, le Frère Chambonnet). Ce n’est qu’en 1810, à Paris,  que naquirent les Loges d’adoption.

L’établissement légal du corps administratif de la maçonnerie Française pris effet en 1743 sous le titre de « Grande Loge anglaise de France ». Cependant, elle se déclara indépendante de l’Angleterre en 1756, et se nomma la « Grande Loge de France ».

Bouclés dehors, les différents courants de l’ésotérisme et de l’hermétisme cherchèrent à se manifester. C’est ainsi qu’apparais-saient d’autres courants maçonniques qui ne prenaient aucunement leur source et leur légitimité dans le Freemasons’ Hall de Londres.

Déjà, quelques années plus tôt, le Chevalier Ramsay, dans son fameux discours de 1736-1737, avait levé le voile sur le rôle des Templiers dans la constitution de la franc-maçonnerie, ce qui avait provoqué des remous et, en même temps, avait rappelé l’existence d’autres racines de l’arbre initiatique, porteur d’autres fruits. Cet arbre avait donc donné naissance à de nouveaux rituels, qui ont nécessité la création de nouvelles échelles de grades maçonniques.

Cette autre maçonnerie a commencé à prendre corps, tant en Angleterre que sur le continent. Elle a mis en place ses Rites à partir des emprunts au symbolisme des bâtisseurs de cathédrale, des alchimistes, des Rose-Croix, des Hermétistes, des Templiers, de la Bible et bien sûr, de l’Egypte. Comme on le voit, cette maçonnerie n’a rien à voir avec la Grande Loge de Londres qui lui tourne définitivement le dos et proclamera au XIXe siècle que « la franc-maçonnerie est un système de moralité voilé dans l’allégorie et illustré par les symboles.» C’est tout.

D’autres courants de l’ésotérisme circulèrent sur le Continent et des élans prirent corps. Mentionnons en quelques-uns. Les Grades Ecossais étaient apparus dès 1744 à Bordeaux. En 1754, apparaissait le Chapitre de Clermont, berceau du Rite de Perfection. Le baron de Hund introduisit dans les loges allemandes, le régime de la Stricte Observance, créé une dizaine d’années plus tôt. En 1757, l’Ordre des Noachites ou Chevaliers Prussiens fut introduit en France. En 1758, le Souverain Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident fut créé. En 1760, l’Ordre des Elus Cohen fut fondé à Bordeaux. Le grade de Chevalier Kadosch, originaire de Hesse, et qui est apparu dans le sillage du courant créé par la Stricte Observance, fut introduit en France par les loges de Metz en 1761. Jean Baptiste Willermoz constitua définitivement à Lyon un Chapitre des Chevaliers de l’Aigle Noir, Rose Croix, en 1765. C’est à cette date et à Lyon que fut constitué, adopté et mis en pratique, le rituel définitif de Rose Croix. Le Rite Adhohiramite fut fondé en 1765. L’année suivante, le Rite des Illuminés d’Avignon fut fondé par le bénédictin Dom Pernéty, qui avait créé le grade de Chevalier du Soleil. Le Rite comprend alors six grades aux pratiques mystico-hermétistes, selon les théories théurgiques de Swedenborg. En 1768-70, le Rite de Perfection en 25 degrés était encore loin d’être constitué mais le Grade du Prince du Royal Secret était déjà admis par les Maçons.

Toutes ces manifestations établissaient, en effet, l’existence des courants de diverses traditions initiatiques. C’est tout cela que Londres choisit d’ignorer, et en décrétant dogmatiquement que la franc-maçonnerie dans son entièreté se trouvait contenue dans les trois premiers degrés de la loge dite bleue. La franc-maçonnerie officielle et myope de Londres allait se priver des sources vivifiantes de la tradition hermétique et ésotérique.

Durant tout le 18e siècle, la Franc maçonnerie pris un essor considérable. On y recevait des princes, des Nobles, des intellectuels et toutes les autorités indépendantes qui s’étaient formées autour du pouvoir. Dans plusieurs grandes villes d’Europe, les Académies se multiplièrent ; ouvertes aux connaissances nouvelles, la plupart d’entre elles mirent à l’étude des sujets de réflexion en tous les domaines, politiques, scientifiques, religieux, philosophiques. Les ésotéristes s’intéressèrent plus particulièrement aux progrès de l’histoire des religions, qu’elles conçurent comme science objective, et facteur d’œcuménisme. Toutefois, peu organisée, les Loges sombraient souvent dans l’anarchie, l’agitation et la discorde.  Le problème n’était pas spécifique à la France, partout en Europe les Frères s’entredéchiraient pour des questions de pouvoir. Même après la naissance fédératrice du Grand Orient de France le 24 juin 1773, les schismes et les divisions qui s’étaient introduits dans les rangs maçonniques continuèrent de plus belle. Cependant, les régimes autoritaires et même l’église, se méfiaient de ces Loges au caractère fermé, où l’on pouvait discuter librement.  Ce réel danger fut à l’origine de la bulle papale « In Eminenti » de 1738 visant la Franc maçonnerie. Il y était dit en substance :

«Nous avons appris que dans les organisations de soi-disant francs-maçons, des gens de diverses religions et opinions se lient entre eux sous couvert d’une sincérité naturelle, dans un pacte aussi serré qu’impénétrable ; que par un serment sur la Bible, et sous de lourdes peines, ils jurent de cacher sous un silence impénétrable tout ce qu’ils font dans l’obscurité. Attendu que la Providence Divine nous a chargés de veiller jour et nuit à ce que cette sorte de gens ne corrompe les cœurs des simples, nous avons décidé de condamner et d’interdire toutes ces organisations. Nous ordonnons aux inquisiteurs de poursuivre les contrevenants et de leur infliger leur punition méritée, si nécessaire avec l’appui du bras séculier ». 

La France qui, au 18e siècle, était alors le pays le plus peuplé d’Europe, connut pendant près de 80 ans la paix et la prospérité économique. A mesure que l’esprit philosophique se développait, dans les salons, les cafés, les clubs ou les Loges maçonniques, l’autorité monarchique se dissolvait, sapée par des tentatives de réformes sans lendemain et l’opposition aristocratique. Les philosophes prônaient l’idée de démocratie, de liberté d’expression et de droits de l’homme. Forte de sa puissance financière, la bourgeoisie d’affaires manifestait son désir d’annexer le pouvoir politique, ambition qui se concrétisa à partir de 1789.

Certains documents laisseraient apparaître que Napoléon lorsqu’il était empereur, aurait été reçu maçon à Malte, lors du séjour qu’il fit dans cette île en se rendant en Egypte. Toujours est-il que voulant avoir regard sur cet Ordre qui pouvait éventuellement comploter contre lui, l’Empereur fit  nommer à la tête du  Grand  Orient  un certain nombre de ses généraux, tels Cambacérès, Murat, Masséna ou Kellermann, et y installa son Frère le prince Joseph en qualité de Grand Maître.

Le 19e siècle fut une période de « remise en ordre ». De grandes obédiences se formèrent et les Hauts Grades se structurèrent en Rites. Le Grand Orient entreprit sous son autorité, la fédération de toutes les puissances maçonniques Françaises. Toutefois, le Suprême Conseil de France du Rite Ecossais Ancien et Accepté, fondé en 1804, repris presque immédiatement son indépendance.

A cette même époque, l’église était en perte d’influence. Depuis la moitié du 18e siècle, beaucoup de prêtres, de chanoines, d’évêques, ainsi qu’un grand nombre de monastères attachés à l’église de Jean (régulière et ésotérique) mais soumis administrativement à l’église de Pierre (séculière et exotérique), s’étaient tournés vers la maçonnerie et ses valeurs progressistes. Des Loges composées d’ecclésiastiques utilisant le Rite Ecossais se formèrent en dedans et en dehors des abbayes. La réaction de Rome fut rapide, tous les Monastères Français furent mis en sommeil, les Moines destitués et leurs archives furent transférées au Vatican. Les Monastères ne furent ré ouverts que 80 ans plus tard sous l’autorité spirituelle et administrative du Pape.

La fin du 19e siècle fut marquée par l’augmentation de l’implication politique des Loges et par l’aggravation des polémiques entre l’Eglise Catholique et la Franc maçonnerie. Ces tensions aboutirent en 1872, à l’abrogation en Belgique de l’invocation du Grand Architecte de l’Univers. Le Grand Orient de France quant à lui ne supprima pas cette invocation mais laissa le libre choix aux Loges de le faire si bon leur semblerait. La Grande Loge d’Angleterre réagit aussitôt en coupant toute relation avec cette obédience, d’où s’ensuivit un schisme au cours duquel des Frères créèrent la Grande Loge pour la France et ses Colonies, aujourd’hui appelée la Grande Loge Nationale Française.

Au 20e siècle, la seconde guerre mondiale de 14/18 et l’apparition d’un grand nombre de dictatures qui persécutèrent la Franc maçonnerie ont laissé des traces profondes et créé des liens plus puissants que toutes les inévitables querelles d’obédiences. Pourtant, si depuis sa création, la maçonnerie a accompli de grandes choses, elle a surtout réussi sa division.

Alors qu’initialement, elle se voulait une et universelle, la Franc-maçonnerie d’aujourd’hui se compose de multiples organisations concurrentes qui l’affaiblissent en prétendant la représenter. Il est paradoxal de constater que cet Ordre qui se déclare tolérant et fraternel, n’ait pas su empêcher les querelles internes qui ont conduit à sa division. Il est évident que la multiplication des obédiences ne fait pas que permettre à chaque postulant de choisir sa voie en fonction de sa sensibilité, qu’elle soit politique, confessionnelle ou philosophique, mais permet surtout une multiplication proportionnelles de sautoirs, de prébendes (revenus attachés à une situation lucrative) et de titres honorifiques.

La Franc maçonnerie, quelle que soit son obédience, se meurt aujourd’hui sous le poids de ses lourdeurs administratives. Ses combats avant-gardistes d’autrefois ne sont plus que d’heureux souvenirs. Attaquée de toutes parts par les médias qui tendent à amalgamer cet Ordre avec les scandales politiques, économiques et financiers, la Franc-maçonnerie voit sa côte de popularité entachée de scepticisme quant aux valeurs qu’elle prône. La calomnie est un mal insidieux qui, même sans fondement, laisse des traces indélébiles. Ce faisant, nombre de profanes intéressés par les idéaux de la franc maçonnerie hésitent encore à s’y engager attendant des démentis formels. Pourtant, contre vents et marées, la Franc maçonnerie continu d’attirer un nombre toujours croissant d’hommes et de femmes de valeur.

Le Maçon d’aujourd’hui n’est pas un être supérieur, c’est un cherchant. Les profanes ne sont pas admis dans une Loge maçonnique pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils peuvent devenir.

Alors, la Franc maçonnerie aura l’avenir que les Francs-maçons lui façonneront. Durant des siècles celle-ci a développé une certaine indépendance par rapport aux modes et aux pouvoirs en place. C’est un gage de pérennité car l’ère du rationalisme est en train de mourir sous nos yeux. Une ère nouvelle s’ouvre, non pas contre le rationalisme mais au-delà de lui. D’autres modes de connaissances sont nécessaires aujourd’hui, et la Maçonnerie véhicule une espérance vitale à notre monde en crise. Elle affirme que l’homme peut se libérer de certaines réponses toutes faites et partir lui-même à la recherche de sa propre vérité. Car il n’y a pas, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de réponse définitive et sûre.

La vérité absolue est un mythe, elle est inaccessible. Face au désarroi qu’entraîne cette prise de conscience, la Franc maçonnerie propose une méthode. Cependant, seul l’artisan taille sa pierre, lui seul est maître de son propre talent. Ses Frères maçons ne pourront que l’encourager, le soutenir, l’assister lorsque sa tâche sera trop lourde, mais ils ne pourront jamais se substituer à lui. La Maçonnerie ne consiste pas à se regarder les uns les autres et se juger, mais regarder ensemble dans une même direction.

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