Franc-maçonnerie égyptienne, le rite de Misraïm

Franc-maçonnerie égyptienne (2)

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LE RITE ORIENTAL DE MISRAÏM

 

Au XVIIIe siècle, dans le Sud de l’Italie et en Sicile, il y avait un certain nombre de loges qui travaillaient hors de la vue de la Sainte Inquisition. L’Egypte et Malte étaient des creusets bouillonnants d’activités hermétiques qui débordaient et touchaient l’Italie toute entière. D’abord Naples, qui se passionna pour les traditions égyptiennes dont on a hérité depuis l’Antiquité, et de sa vision de l’Egypte tournée vers l’initiation et les mystères. Les Pyramides envoûtaient. Les chercheurs interrogeaient les œuvres d’hommes tels que Giordano Bruno (1548-1600), Tommasso Campanella (1568-1639), Spontini, alchimiste, Franco Maria Santinelli (Fra Antonio Crassellame Chinese), ainsi que des groupes Rose+Croix. Il existait alors un certain nombre de loges dans les provinces méridionales et en Sicile.

L'origine des rites maçonniques dits « égyptiens » remonte donc à plus de deux siècles. Ces rites ont revendiqué une première filiation, venant d'un Rite Primitif qui aurait été pratiqué à Paris en 1721, mais dont l'existence n'a jamais été historiquement démontrée.

Aucun auteur britannique ne mentionne ce Rite Primitif qui n’aurait jamais existé. Personne ne veut, ni ne peut admettre, une initiative intervenant tout juste quatre années après la création de la Grande Loge de Londres - tout comme l’Ordre de la Concorde qui  admettait les femmes dès 1718 ou la Loge de la Parfaite Union de Belgique de 1720 - et qui ne se réclame pas d’elle. Depuis 1717 donc, toute instance maçonnique pour exister doit détenir une Patente de Grande Loge de Londres, Or, la Grande Loge n’a jamais délivré de Patente au Rite Primitif. Donc, ce Rite n’existe pas, n’ayant jamais eu l’autorisation d’exister.

Ce n’est cependant pas l’origine plus ou moins ancienne d’un Ordre maçonnique ou la fondation de ses Rite qui ennoblissent ou font apparaître son orthodoxie, voir son authenticité, mais l’exactitude de ses enseignements et son respect des doctrines maçonniques.

Plusieurs Rites ou Ordres initiatiques ont existé en France durant le XVIIIe siècle. Ils ont revendiqué une première filiation venant d’un Rite Primitif qui aurait été pratiqué à Paris en 1721 mais dont l’existence n’a jamais été historiquement démontrée. Ils se présentaient comme héritiers de divers courants mystiques non maçons beaucoup plus anciens. C'est le cas par exemple en 1759 du Rite Primitif de Narbonne, en 1767 des Architectes africains, en 1780 du Rite primitif des Philadelphes, en 1785 du Rite des parfaits initiés d'Egypte, en 1801 de l'Ordre sacré des Sophisiens et en 1806 des Amis du désert.

Ces Rites s'inspiraient de ce que l'on appelait la « tradition égyptienne», et consistaient en une association de traditions et de textes, telles qu'ils étaient comprises à cette époque.

Concernant ces Rites Egyptiens, ce fut  le cas par exemple du roman pseudo-initiatique, « Sethos ou Vie tirée des monuments et anecdotes de l'ancienne Egypte » de l'Abbé Jean Terrasson (1731) helléniste et académicien, qui édita en 1728 un de "l'Oedipus aegyptianicus" d'Athanase Kircher (1652) et du "Monde primitif" de Court de Gébelin (1773). La Kabbale judéo-chrétienne, l'hermétisme néo-platonicien, l'ésotérisme, les traditions chevaleresques et autres trouvaient également là une source naturelle d'expression. C'est ainsi que Cagliostro, par exemple, qualifia le rite qu'il constitua dans les années 1780 de « Rite de la haute maçonnerie égyptienne »

Le Rite Primitif

Le Rite Primitif, organisé en 1759 par le Vicomte Chefdebien d’Aigrefeuille à Prague, alors haut lieu de l’Hermétisme a été amené à Narbonne en 1780. Parmi ses membres, il y avait Marconis de Nègre « père », qui était détenteur de tous les degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté et de ceux de l’ancien Rite de Perfection.

Le Rite des Architectes Africains

Le " Rite des Architectes Africains " (comprenez,Égyptiens ") fut créé à Berlin en 1767 par un officier de l'armée prussienne, Friedrich von Köppen (co-auteur avec von Hymmen de Crata Repoa (1770), signifiant les Forces souterraines, sous les auspices de Frédéric II le Grand). Ce livre prétendait décrire l’initiation antique qui se donnait dans la grande pyramide en sept degrés (Pastophore ; Nécophore ; Mélanophore ; Christophore ; etc.). Deux Français, Bailleul et Desétangs, devaient en diffuser une version française en 1821.

Ce rite était organisé en 7 classes et fut pratiqué en Allemagne jusqu’en 1806. Il fut introduit en France en 1770 avec une structure composée de onze grades regroupés en triade (Osiris, Isis, Horus) et dont les appellations sont directement reliées à l’Egypte antique (Ex. : « initié aux secrets égyptiens », « Maître des secrets égyptiens », « disciple des égyptiens », « Porte de la mort »). Ce rite permettait de révéler les secrets de l’antique Egypte avec un aperçu sur l’alchimie, l’art de décomposer les substances et de combiner les métaux.

Le Rite des Philadelphes

La loge " Les Philadelphes " fut créée par le Vicomte François-Anne de Chefdebien d'Armisson et ses fils, dont cinq étaient chevaliers et officiers de l'Ordre de Malte, et du Rite primitif des philadelphes, également constitué à Paris en 1779 par Savalette de Langes, qui avait créé plus tôt, le 23 avril 1771, avec l’aide de nombreux Maçons, la loge Les Amis Réunis, qui s’occupait d’occultisme, d’alchimie et de théurgie.

Le Rite (ou Rit) Primitif des Philadelphes comportait un nombre incalculable de "grades" répartis en plusieurs classes et degrés, dont les détenteurs étaient regroupés en "chapitre". Le dernier chapitre concernait les grades de "Fraternité Rose+Croix de Grand Rosaire".

Certains Francs-maçons contestèrent la validité de tous ces grades et considérèrent leur fondateur, le Marquis de Chefdebien, comme un illuminé teinté de charlatanisme. D'autres considérèrent au contraire les Philadelphes comme de réels mystiques qui ont marqué l'histoire de la Franc-maçonnerie.

Le Marquis d'Armissan François-Marie de Chefdebien (1753-1814), chevalier de Malte, participa au Convent de Lyon, en 1778, en tant que représentant de la Septimanie pour le Rite Ecossais Rectifié (RER) et au Convent de Wilhelmsbad en 1782 comme représentant de la 3ème province de la Stricte Observance Templière... Il collabora activement avec le Marquis Charles, Jean, Pierre, Paul Savalette de Langes (1746-1797) au sein des Philalèthes (12ème et dernière classe du rite de la loge des Amis Réunis) à l'observation et l'archivage d'un grand nombre de sociétés maçonniques ou autres, et à la constitution d'une vaste bibliothèque, instrument de leur recherche de la "Vérité Unique" et de l'origine réelle du monde maçonnique. Cela mena les Philalèthes à deux convents inachevés. La hiérarchie de grades des Philadelphes correspondait en réalité à l'accès, selon le niveau, à divers documents de leur loge et de la bibliothèque des Philalèthes. En quête d'une sagesse immémoriale, le Marquis de Chefdebien fut donc un touche-à-tout du monde maçonnique et "ésotérique" de son temps.

Le Rite des Parfaits Initiés d’Egypte

En 1785 le Rite des parfaits initiés d'Egypte, fut fondé à Lyon par l’Alchimiste Etteilla, anagramme d’Aliette, révélateur des secrets numériques du Tarot qu’il nomme le « Livre de Thot ». Ce Rite s’éteignit rapidement à la fin du siècle.

Le Rite de Misraïm

Une source témoigne de l'apparition du Rite de Misraïm pour la première fois à Venise, en 1788, où un groupe de maîtres sociniens (une secte protestante antitrinitaire) a demandé un brevet de fondation à Cagliostro pendant son séjour dans cette ville. Le Frère Tassoni, détenait le brevet de cette Loge vénitienne ésotérique. Cependant, comme les membres de ce groupe ne voulaient pas pratiquer les rituels magico-cabalistiques de Cagliostro, ils ont choisi de travailler dans les premiers degrés du Rituel Templier. Cagliostro ne leur a donc donné que la Lumière maçonnique. Ils ont utilisé les trois premiers degrés de la maçonnerie anglaise et les degrés supérieurs de la maçonnerie allemande, influencée par la tradition des Templiers.

Le Rite primitif de Narbonne

En 1798, le Rite primitif de Narbonne avait été importé en Egypte par des officiers de l'armée de Bonaparte, qui avaient installé une Loge au Caire. C'est dans cette Loge dont le Rite fut agrégé au Grand Orient de France en 1806, que fut initié Samuel Honis, lequel, venu en France en 1814, rétablit à Montauban, en 1815, une grande Loge sous le nom « Les Disciples de Memphis », avec l'assistance de Gabriel Marconis de Nègre, du baron Dumas, du marquis de la Roque, de J. Petit et Hippolyte Labrunie, anciens frères du Rite. Le Grand Maître était le F. Marconis de Nègre.

A la suite d'intrigues, cette grande Loge fut mise en sommeil le 7 mars 1816. Les travaux furent repris en 1826 par une partie de ses membres, mais sous l'obédience du Grand Orient de France.

L’Ordre sacré des Sophisiens

L’Ordre sacré des Sophisiens, ou le Saint Rite des Sophisiens, était une société secrète française basée sur les mystères isisiens, fondée en 1801 par des officiers militaires impliqués dans la campagne égyptienne (1798-1801) sous Napoléon Bonaparte pendant la guerre de la deuxième coalition. Dominique Vivant Denon en fut membre ainsi que de la loge parisienne "La parfaite Réunion". Celui-ci compte parmi les érudits qui feront de cet échec stratégique et militaire un succès que le jeune général Bonaparte saura exploiter dès son retour en France.

Les Amis du Désert

En 1806, à Toulouse Auch et Montauban, l'archéologue Alexandre Du Mège (ou Dumège) fonde un rite égyptien : la Souveraine Pyramide des Amis du Désert. Très influencé par Jean Jacques Rousseau, Lapeyrouse, maçon très actif et ami d’Alexandre Du Mège fonde la Loge des Amis du désert et entre en contact avec la loge voisine Napoleomagne, dont les membres avaient réveillé le rite écossais jacobite des "Écossais Fidèles", qui aurait été apporté à Toulouse en 1747 par George Lockhart, aide de camp de Charles-Édouard Stuart, et dont il deviendra Vénérable de la Grande Loge Provinciale. Ce rite, également dit "de la Vielle Bru", féru d'occultisme oriental, verra finalement son authenticité rejetée en 1812 par le Grand Directoire des Rites du Grand Orient de France.

Ces Rites, connus pour quelques-uns, s'inspiraient de ce que l'on appelait à cette époque « la tradition égyptienne », mais qui consistait en une association de traditions et de textes du Moyen Orient, telles qu'elles étaient comprises à cette époque. C'est une tradition qu'on pourrait appeler néo-platonique et pythagorienne. L'Italie n'est pas très loin de la Grèce (et à la fois a eu de grandes colonies grecques sur son sol) et cette tradition ancienne s'est considérablement mélangée à la franc-maçonnerie italienne au dix-huitième siècle. D'autre part, à partir de cette époque, il y avait des loges d'esprit libéral et des loges d'esprit ésotérique. En Italie, les Loges d'esprit ésotérique, étaient essentiellement présentes à Venise et à Naples, qui, comme nous l'avons vu, sont deux villes importantes pour le Rite Misraïm.

Les loges vénitiennes et napolitaines ont été associés à tous les grands systèmes occultistes et templiers de l'époque, que ce soit la stricte observation des Templiers ou le Rite Recréé écossais de Lyon, le Rite of the Mother Lodge de Marseille ou le Scottish Philosophic Rite of Avignon. Ce qui signifie qu'à l'aube de la Révolution française, ces différentes Loges sont devenues des dépositaires de toute une série de systèmes de degrés. Ainsi, nous voyons que le Rite Misraïm descend partiellement de la synthèse de ces systèmes, provoquée dans les Loges Vénitiennes et Napolitaines.

La Kabbale judéo-chrétienne, l'hermétisme néo-platonicien, l'ésotérisme, les traditions chevaleresques et autres trouvaient là une source naturelle d'expression. Toutes ces influences sont à prendre en compte, lorsque l'on souhaite comprendre l'état d'esprit des Obédiences Egyptiennes et les enjeux qui s'y développeront dans les siècles qui suivirent.

C’est pourquoi, parler de l'histoire des rites égyptiens est utile pour en comprendre les évolutions, mais il est tout aussi important de mettre en lumière leurs spécificités en se demandant ce qu'ils peuvent avoir de différences caractéristiques et novatrices. En effet, si un rite a une certaine pérennité, c'est vraisemblablement parce qu’il correspond à une sensibilité, à une expression qui a sa place dans la tradition Maçonnique. Mais pour qu'il se développe d'une manière stable et équilibrée, encore faut-il que l'on puisse percevoir dans son caractère ésotérique une certaine originalité.

Les Rites Egyptiens ne sont pas des rites comme les autres. Ils se disent héritage et dépôt des Ecoles initiatiques qui leur ont fait traverser les siècles jusqu’à nos jours. Ils se réclament d’une filiation remontant à l'Antiquité pré-chrétienne, à l’Egypte pharaonique et à l’Inde védique, et d’une richesse qui traverse plusieurs cultures, les alimente et les rend universels. Mais ne faisons pas l'erreur de croire que les fondateurs des Rites maçonniques étaient des êtres exceptionnels, d'une immense culture et d'une vertu irréprochable. L'étude approfondie de l'histoire de ces rites nous montrerait vite, qu'ici comme ailleurs dans les traditions, le courant initiatique fait parfois fi des personnes. Pour comprendre, il nous faut donc regarder au travers des acteurs de l'histoire du rite, percevoir leurs intentions, leurs espoirs, leur vision, en un mot leurs Utopies. Il faut faire le tri entre les imperfections inhérentes à l'époque historique, et un certain manque de connaissance. Entre une absence de différenciation du mythe et du réel. Il faut aller au-delà des voiles et des apparences, par-delà les dérives et les délires théocratiques, pour saisir la part profondément originale que recèlent ces rites.

Les écoles de Mystères existaient dans l’Égypte pharaonique. C’était des universités spécialisées dans les temples de Haute et de Basse Egypte, se référant aux mystères des Livres de Thot. Elles se développèrent principalement sous le Nouvel Empire. C’est pourquoi le calendrier nilotique utilisé en référence dans les Loges égyptiennes débute au couronnement du pharaon Ramsès II.

L'hermétisme et les Écoles de Mystères renaissent également à Alexandrie, dans une cité cosmopolite fondée en Égypte par les Grecs et dont un tiers de la population est d’extraction juive. Ils empruntèrent aux mythes issus de l’Égypte antique (Osiris, Isis, etc.) qu’ils restituèrent dans un cadre fortement influencé par la culture grecque. Au cours des deux siècles qui précèdent l’ère chrétienne, des textes ont circulé, attribués à Hermès -dieu Grec- qui prétendaient révéler l'antique sagesse égyptienne. Réunis plus tard sous le nom de « Corpus Hermeticum », ils assurèrent la floraison des sciences hermétiques ; la magie, l'alchimie et l'astrologie. L’Égypte qui rédigea ces textes hermétiques auxquels les rites maçonniques égyptiens font référence, n’est donc pas l’Égypte pharaonique, mais un monde égypto-grec. La datation exacte des textes hermétiques ayant été plus tardive que leur traduction, nous ne pouvons reprocher aux occultistes et aux rites maçonniques égyptiens d'avoir suivi les auteurs grecs en considérant que l’Égypte dont ils parlaient était l’Égypte pharaonique.

Mais ce n’est pas à cette Égypte là que font référence les textes hermétiques et les rites maçonniques égyptiens. Comme la Jérusalem céleste dans l’Apocalypse ou La Mecque dans le Coran, toute révélation sacralise la terre où elle advient et fait d’elle le centre symbolique du monde. De même, la révélation hermétique survient au centre d’un univers -symbolique plus que géographique-, incarné par la terre d’Égypte, décrite dans le Corpus Hermeticum comme le cœur de la Création, le foyer actif de la révélation. Cette terre est d’emblée considérée comme entretenant des relations privilégiées avec le ciel, favorisant ces échanges auxquels la Table d’Émeraude fait allusion : " Ignores-tu donc, Asclépius, que l’Égypte est la copie du ciel, ou, pour mieux dire, le lieu où se transfèrent et se projettent ici-bas toutes les opérations qui gouvernent et mettent en œuvre les forces célestes ? Bien plus, s’il faut le dire, notre terre est le temple du monde entier. "

L'intérêt pour la tradition égyptienne émerge plus nettement avec l'Académie platonicienne de Florence, fondée en 1450. Traduit pour la première fois en 1472, du grec en latin, par Marsile Ficin, le Corpus Hermeticum connaît une brillante diffusion puisque plus de trente-deux éditions en furent réalisées. Puis on s'intéresse de plus en plus aux hiéroglyphes.

Il est illusoire de penser qu’une filiation historique ininterrompue aurait permis aux secrets des Mystères antiques de parvenir jusqu'aux loges maçonniques. Mais ils ne sont pas tombés du ciel et il est probable qu'ils y sont parvenus par des lignées de mages et d'alchimistes qui œuvrèrent dans le silence de leur oratoire, avec ou sans patente ! Au XVIIIe siècle, les loges leur servirent de support d’enseignement ou de vivier dans lequel ils recrutèrent. Des hommes comme Cagliostro intégrèrent dans leurs rites maçonniques les pratiques apprises dans des cénacles plus fermés. La correspondance entre les symboles et les cérémonies maçonniques, ainsi que leurs équivalents des Mystères antiques est l'œuvre délibérée des compilateurs de rituels, auxquels étaient accessibles les ouvrages de Plutarque, d'Apulée, de Jamblique, de Proclus, de Plotin, etc., ainsi que tous les livres publiés avant 1700 sur les mystères de l'antiquité.

Les Rites Egyptiens ont une fonction initiatique qui est leur seule raison d’être. Ils affirment avec force leur spécificité, qui est leur attachement au courant hermétique et ésotérique de recherche de la Tradition pérenne. Mais aujourd’hui encore, les obédiences maçonniques dites « égyptiennes » n’ont pas bonne réputation. Elles attirent les vocations spiritualistes mais ne savent pas les canaliser, et encore moins les fidéliser. A croire que les rites qu’elles proposent sont dangereux pour des esprits faibles, voir peu préparés à partager des valeurs spirituelles de cette nature. A moins que l’Esprit soufflant où et quand il veut, des loges pourtant créées sans filiation « administrativement acceptable », comme ce fut le cas pour Hatshepsout à l’Orient de Paris (GLISRU) lors de sa fondation, puissent produire de l’excellent travail, tandis que d’autres, disposant d'une filiation irréprochable puissent dévier au point de n'être plus que des clubs service à vocabulaire initiatique. On sait par expérience, que parmi les loges d’une même obédience, le meilleur et le pire peuvent souvent se côtoyer, et qu’à l'instar du nouveau riche, une petite obédience qui grandit peut épuiser son énergie à mendier la reconnaissance des obédiences installées. D’une année à l’autre, la situation peut changer, une obédience peut se dégrader, se figer ou s’améliorer.

Le premier repère historique vérifiable semble être la constitution d’une « Grande Loge de la Maçonnerie » vers 1750 à Naples, dont le Grand Maître était le prince Raimondo di Sangro di San Severo (1710-1771), passionné d’alchimie et de magie de la transmutation. C'est aussi sous la grande maîtrise de ce prince que le baron Tschoudy (1724-1769) instaura et développa son « Rite hermétique » nommé " Étoile Flamboyante ", ou encore l’Ordre des Philosophes Inconnus. Son Rite, organisé en 7 degrés comprenait, outre les trois degrés bleus, les degrés suivants : Maître Parfait, Parfait Elu et Petit Architecte, Parfait Initié d’Egypte et le Chevalier du Soleil. Le catéchisme de ce Rite basé sur l’hermétisme et l’alchimie, expliquait le Grand Œuvre à partir des principaux symboles maçonniques. On retrouve une trace de ce rite dans le " Système philosophique des anciens Mages égyptiens revoilé par les prêtres hébreux sous l'emblème maçonnique " qui était organisé en sept degrés. Ce système avait pour chef à vie Charles Geille, né en 1753, qui était Grand Maître du Temple du Soleil de la Société des Philosophes Inconnus, société à but essentiellement alchimique.

Le Baron Tschoudy l’introduisit en France où celui-ci sera très prisé. Mieux, certains degrés du Rite Hermétique seront adoptés tant par le Rite Ecossais Ancien que par le Rite de Misraïm.

C’est dans ce cercle nourri des écrits de Michel Sendivogius (1566-1646), dit le Cosmopolite, qu’il faudrait chercher les origines de ce qui sera plus tard le Rite de Misraïm.

Le plus important était sans conteste le Rite de la Haute Maçonnerie Egyptienne, dont l’existence était attestée le 22 août 1781 à Strasbourg, mais il aurait été bien plus ancien. Légué par Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo (1743-1795), ce rite qui était véritablement initiatique occupait une place spéciale parmi les rites hermétiques. Par ailleurs, un document de 1867 cite l’existence de Misraïm dans l’Ile de Zante en 1782 et d’autres écrits affirment qu’en 1796 déjà une Loge misraïmite fonctionnait à Venise (les sources de Misraïm, Gastone Ventura Les rites Maçonniques de Misraïm et Memphis, éditions Maisonneuve et Larose  1986).

Une chose est certaine, Cagliostro avait fréquenté la loge maltaise « Secret et Harmonie » existant déjà au début du XVIIIe siècle, et y  avait reçu, entre 1767 et 1775 du Chevalier Luigi d’Aquino, frère du Grand Maître national de la Maçonnerie Napolitaine, les Arcana Arcanorum, ces trois très hauts grades hermétiques, venus en droite ligne des secrets d'immortalité de l'Ancienne Égypte.

Notre homme était très proche du Grand Maître de l'Ordre des Chevaliers de Malte, Manuel Pinto de Fonseca, avec lequel il aurait effectué des expériences alchimiques. Bien que ne possédant que trois degrés (apprenti, compagnon et maître égyptien), le Rite de Misraïm semble lui être indirectement relié, même si, aujourd'hui encore, il est encore difficile d'établir avec certitude où Cagliostro fut réellement initié et comment il bâtit son Rite. Peu après, un groupe de  francs-maçons (appartenant à la communauté protestante anti trinitaire de Socino), membres de cette Loge égyptienne, reçurent de Cagliostro (qui à cette époque séjournait à Trente) une autre initiation maçonnique.

L'Histoire et la légende des rites égyptiens présentent alors l'énigmatique personnage que fut Alexandre Cagliostro. De son vrai nom Joseph Balsamo, connu à Venise sous celui de marquis de Pellegrini, aigrefin de renom, un peu souteneur et un peu espion pour les uns, Grand Initié sans attache, magicien et enchanteur pour les autres, acteur occulte de la Révolution française pour l'ensemble et certainement, un être moralement indéfinissable, tant le Rite qu'il a fondé attire des caractères trempés dans une eau, tout sauf plate.

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Giuseppe Balsamo Cagliostro

Quelques années plus tard, en 1784, Joseph Balsamo (1743-1795), alias Cagliostro, diffusa à Lyon le " Rite de la Haute Maçonnerie Égyptienne ", mais celui-ci ne lui survécut pas. Historiquement, rien n’est certain sur les origines premières de ce rite mis en place par son créateur, après un séjour à Malte puis à Naples.

Le hiérophante ou " Grand Cophte ", son titre en Maçonnerie égyptienne, affichait son objectif; la construction d'un corps de lumière, un corps glorieux. Dans ses quarantaines spirituelles, il précise : " Chacun recevra en propre le Pentagone (Étoile Flamboyante), c'est-à-dire cette feuille vierge sur laquelle les Anges primitifs ont imprimé leurs chiffres et leurs sceaux, et muni de laquelle il se verra devenu Maître et chef d'exercice ; sans le secours d'aucun mortel, son esprit est empli d'un feu divin, son corps se fait aussi pur que celui de l'enfant le plus innocent, sa pénétration est sans limites, son pouvoir immense, et il n'aspire à plus rien d'autre qu'au repos pour atteindre l'immortalité et pouvoir dire lui-même : Ego sum qui sum. " Cette immortalité étant acquise pendant la vie physique, Cagliostro décrit ici une étape de l'alchimie interne. Ses Arcana Arcanorum étaient, et sont toujours aujourd’hui, « une voie alchimique interne, une voie de l’immortalité acquise sur terre par la constitution d’un Corps de Gloire »

Déjà à cette époque, Misraïm était un Rite maçonnique d'inspiration ésotérique, nourri de références alchimiques, occultistes et égyptiennes, avec une structure en 90 degrés, dont on trouve les traces dès 1738. Il constituait un écrin idéal pour recevoir un tel dépôt initiatique, et attirait alors de nombreux adeptes qui se réclamaient d'une antique tradition égyptienne.

C’est donc en 1788, de passage à Trente, non loin de Venise, que Cagliostro transféra les hauts degrés hermétiques dits « échelle de Naples » au sein de Misraïm à qui il aurait donné patente,  abandonnant les rituels de son propre Rite Egyptien, puis ceux du Rite Ecossais Rectifié et enfin ceux du Rite Ecossais, Ancien Accepté.

Un nouvel élément digne d’intérêt précise que le 17 décembre 1789, le célèbre Cagliostro, qui avait installé à Rome une loge de rite égyptien le 6 novembre 1787, se faisait arrêter par la police pontificale. On trouvait dans ses papiers les catéchismes et rituels de son Rite et notamment une statuette d'ISIS. Or, ISIS est le mot sacré d'un des degrés de Naples. L'on peut se demander si Marc Bedarride a connu Cagliostro, car ce dernier ne conteste ni la réalité de son initiation en Egypte ni celle de ses pouvoirs, mais se borne à lui reprocher d'avoir, en France, établi un rite égyptien personnel.

D'autres rites se prétendront égyptiens. Au XVIIIe siècle, des grades en tous genres sont produits en France. A la suite des tentatives régulièrement entreprises pour les ordonner en systèmes plus ou moins cohérents, trois pôles se détachèrent des autres. Ce sont le Chapitre Général de France, le Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté et le Rite de Misraïm. Ce dernier, né en Italie, mais dans l’armée française, est un splendide produit de la Maçonnerie impériale. Il n'est égyptien que de nom et il est bâti sur une structure kabbalistique. Il présente l'intérêt d'avoir servi de véhicule aux Arcana Arcanorum, d’origine italienne et lointain écho d'une pratique issue des Mystères antiques.

Parmi l’ensemble des Rites maçonniques, celui de Misraïm a toujours occupé une position particulière, et ce, depuis son origine. Il a sa place parmi les rites égyptiens qui s'abreuvèrent à la source des  Pythagoriciens, des auteurs hermétiques alexandrins, des néoplatoniciens, des sabéens de Harrân, des ismaéliens etc… Cependant, il a fallu attendre le XVIIIe siècle pour trouver sa trace en Europe.

On a souvent dit que le nom de Misraïm est le pluriel de l'égyptien. C'est plutôt celui de l'Égypte, dans le sens des deux pays, les deux royaumes symbolisés par la coiffure du Pharaon, (l'Uraeus pour le Royaume rouge de Bouto Nord et par le vautour pour le Royaume du Sud blanc de El Kab). À l'époque, le nom de Misraïm était la seule référence égyptienne dans ce Rite, à l'exception des «Grades supérieurs» (comme on les appelait alors, avec un timbre militariste évident, et comme certains les appellent encore grandilotiquement aujourd'hui) C'est simplement un moyen d’accéder vers les degrés de la perfection pour ceux qui le désirent.

Le rite de Misraïm, revendique le titre ou la qualité de rite "oriental”. Son histoire est tellement mouvementée qu'il a longtemps été regardé avec condescendance par les grandes obédiences maçonniques. Un grand nombre d’écrivains maçonniques et antimaçonniques ont écrit sur ce Rite, mais toujours d’une manière brève et superficielle, sans jamais le présenter clairement. Peut-être ne possédaient-ils pas de documentation appropriée, ou parce qu’ils n’avaient pas obtenu l’autorisation de la publier. Pourtant, quelques très hauts dignitaires, comme par exemple les frères Bédarride, Vernhes, ou Mallinger, ont tenté de mettre en avant quelques dates historiques, dans le but légitime d’attester de l’ancienneté du Rite de Misraïm, et de le comparer au Rite Ecossais Ancien Accepté ne remontant qu’à 1801.

Le Rite de Misraïm aurait été introduit dans la République vénitienne à partir des îles Ioniques et dans les régions limitrophes, au début du XVIIIème siècle. C’était un système initiatique maçonnique qui avait de très évidentes caractéristiques rituelles égyptiennes. Après de nombreuses vicissitudes dues au climat politique de l’époque, celui-ci fut transféré depuis les îles ioniennes, et très précisément de la Loge égyptienne Zante, au Sud de la Sicile, (dont faisait partie UGO FOSCOLO pour aboutir en 1782 à Venise.

Le Rite de Misraïm apparaît (ou plutôt réapparaît) à Venise en 1788, lorsqu’un groupe de Sociniens (secte protestante anti-trinitaire) reçut de Cagliostro une patente de Constitution. Celui-ci leur conféra les trois premiers grades de la Franc-Maçonnerie qu’il détenait lui-même régulièrement de la Grande Loge Unie d’Angleterre, et leur conféra les Hauts Grades de la Maçonnerie templière Allemande, qu’il détenait d’ailleurs tout aussi régulièrement.

Voici comment Franz Cumont, historien étranger à la franc-maçonnerie, résume la résurrection d'Osiris. " Dès l'époque de la XIIe dynastie, on célébrait à Abydos et ailleurs une représentation sacrée, analogue aux mystères du moyen âge, qui reproduisait les péripéties de la passion et de la résurrection d'Osiris. Nous en avons conservé le rituel : le dieu, sortant du temple tombait sous les coups de Seth. On simulait autour de son corps les lamentations funèbres, on l'ensevelissait selon les rites ; puis Seth était vaincu par Horus, et Osiris, à qui la vie était rendue, rentrait dans son temple après avoir triomphé de la mort.

C'était le même mythe, qui, chaque année, au commencement de novembre, était présenté à Rome presque dans les mêmes formes. Isis, accablée de douleur, cherchait, au milieu des plaintes désolées des prêtres et des fidèles, le corps divin d'Osiris, dont les membres avaient été dispersés par Typhon. Puis, le cadavre retrouvé, reconstitué, ranimé, c'était une longue explosion de joie, une jubilation exubérante dont retentissaient les temples et les rues, au point d'importuner les passants. " La similitude entre ces scènes et le mythe d'Hiram, assassiné, puis ressuscité et relevé par les surveillants, est frappante pour tous les Enfants de la Veuve - Isis ? - introduits au troisième degré. La superposition est d'autant plus intéressante que la Bible ne dit rien de la mésaventure d'Hiram. L'antique mythe égyptien s'est habillé de personnages bibliques, mais la trame de l'histoire est identique, au point que certains Rites maçonniques égyptiens, comme ceux publiés dans Crata Repoa en 1770 ou ceux du Souverain Grand Sanctuaire Adriatique actuel, ont restauré le mythe d'Osiris en lieu et place de celui d'Hiram dans leurs travaux du troisième degré.

Comme Cagliostro dans sa " haute maçonnerie égyptienne ", le Rite de Misraïm en France réunissait essentiellement des maçons intéressés par un travail opératif de haute tenue (alchimie, théurgie, astrologie). Respectant l’esprit des rites égyptiens, il ne se préoccupait guère de créer des loges " bleues ". En effet, la création de ce rite au XVIIIème siècle ne concernait que ceux qui avaient acquis les grades supérieurs au 4ème degré, les trois premiers travaillant la plupart du temps au rite français. Il préférait établir un réseau de membres réellement opératifs qui appartenaient à diverses cultures (de l’ésotérisme chrétien au shivaïsme, du pythagorisme au taoïsme) et pouvaient ainsi confronter leur expérience. Ses Hauts Grades connurent des évolutions extrêmement nombreuses, tant dans leur nombre, leur contenu, que dans leur richesse symbolique. C’est pourquoi les membres du Rite oriental de Misraïm étaient encore responsables d'autres organisations (martinistes, pythagoriciennes, alchimiques) ou s’occupaient des publications (revues, éditions) érudites dans le domaine de l’initiation.

Les rites dits « de Loges bleues » n'ont donc jamais eu de caractéristiques véritablement égyptiennes. Ce n'est que peu à peu, et encore plus à une époque relativement récente, que l'on a introduit à la fois en France (et à l'étranger) des éléments tirés de la connaissance que l'on avait de l'Egypte. Quelques textes poétiques et évocateurs, associés à des terminologies spécifiques et des séquences rituelles intenses dans l'implication de la totalité de l'individu, en firent toutefois un rite spiritualiste d'une intéressante portée.

Une des caractéristiques réside dans les formules évocatrices de cette antiquité mythique. Ainsi dans la cérémonie d'allumage des luminaires trouvons nous cette phrase : "Maçons de la vieille Egypte, nous venons ici même, en la terre de Memphis, ériger des autels à la vertu et creuser des tombeaux pour les vices." Phrase connue dans tous les rites maçonniques, mais qui est associée de façon originale aux origines antiques, par parenté ou sympathie évocatoire.

La trame rituelle étant propre à la maçonnerie universelle, chaque rite va, avec plus ou moins de bonheur, tisser, improviser autour de cette trame, un ensemble d'éléments susceptibles de singulariser son caractère, sa tradition. Il s'agira pour le rite Oriental de Misraïm d'une certaine forme d’hermétisme égyptien.

Bien évidemment, si cela est suffisant pour donner un "caractère" particulier, çà ne l'est pas pour l'élever au rang d'un rite dit "spiritualiste". Mais nous entrons là dans une autre dimension des caractères propres à la rituélie qui s'enracine dans la philosophie. La formule maçonnique classique "Grand Architecte de l'Univers" est par exemple remplacée par "Souverain Architecte des Mondes" ou parfois "… de tous les Mondes". Le déroulement du rite lui-même, que nous ne pouvons étudier ici en détail, renvoie à un implicite ésotérique, une intention spirituelle d'élévation de l'esprit, d'ouverture du cœur à un autre niveau de conscience qui, s'il n'est pas toujours atteint ou perceptible, est néanmoins visé.

En 1788, le rabbin, savant et kabbaliste, Abraham le Juif, membre de la Loge Ecossaise Primitive à Venise, (de l'Obédience de la Grande Loge d'Angleterre) fonda à Venise, avec des initiés Chevaliers d'Orient, Philosophes Inconnus, et autres initiés en Kabbale, l'Ordre Oriental de Misraïm, qui se nommait alors « le Rite Egyptien ». Le nom de Misraïm en hébreu ancien signifiant "Les Égyptiens".

En 1792, quatre ans après la fondation de l'Ordre Oriental de Misraïm, la R+C Pythagoricienne, dont le siège était toujours en Italie, y fit initier ses adeptes, en grand secret.

On sait qu'en 1796 une loge Misraïmite fonctionnait à Venise, et que dans les années 1797-1798, les Frères de l'Ordre, et en particulier les Frères R+C Pythagoriciens, durent fuir à Palerme l'invasion autrichienne. Selon les affirmations de Gastone Ventura, ce fut le « Filalete » Abraham (le Baron Tassoni de Modene), qui en 1801 réforma à Venise la Loge du Rite de Misraïm mise en sommeil après l’occupation autrichienne. Toutefois, cette réforme demeurait dans un cercle intérieur à l'Ordre, et elle prit la dénomination officielle de Rite Oriental de Misraïm.

A cette époque, le Rite recrutait aussi bien des personnalités aristocratiques que des bonapartistes et des républicains, parfois même des révolutionnaires Carbonari. C’est au cours de cette même année 1796 que, Charles Lechangeur et Gad Bédarride, tous deux demi-soldes de la campagne d’Italie, reçoivent d’« Ananiah le Sage », la filiation et les pouvoirs de transmission de la Tradition maçonnique de provenance égyptienne.

En 1798, appartenant déjà au Rite des Philadelphes (voir carbonari), ils entrèrent en contact, pendant la campagne d'Egypte, avec des Frères de la Grande Loge d'Egypte (descendant de R+C de la période constantinienne).

La plupart des membres de la mission d'Égypte qui accompagnèrent Bonaparte étaient Maçons de très anciens Rites Initiatiques : « Philalètes, Frères Architectes Africains de Bordeaux, de l’Académie des vrais Maçons de Montpellier, Rite Hermétique de Pernety d’Avignon, et surtout du rite primitif des Philadelphes de Narbonne, sans omettre le grand Orient de France », ainsi que des notables égyptiens initiés aux mystères des Pyramides. C'est la découverte, au Caire d'une survivance gnostico-hermétique, (premier Memphis) qui va conduire ces Frères à renoncer à la filiation reçue jadis par la Grande Loge de Londres.

De nombreux officiers de l'armée napoléonienne appartenant à ces divers courants ésotériques entrèrent en contact avec les Frères de la Grande Loge d'Egypte, « descendants des R+C de la période Constantinienne » qui était organisée en 70 grades rituels. La Loge Isis fut fondée au Caire en 1798, et comptait parmi ses membres les savants et officiers français. De récentes découvertes confirment qu'en cette même période Napoléon Bonaparte aurait été initié dans la Loge " ISIS ", présidée par le Général Kléber.

Enrichis de ces nouvelles connaissances, les Frères de retour en France ne pouvaient rester les bras croisés. Parmi eux, il y avait donc Samuel Honis, « Grand Maître de la Grande Loge des Filalètes » et officier de l'armée napoléonienne initié à la loge Isis, qui fonda avec ses Frères de retour en France, une Loge au titre distinctif de « Les Disciples de Memphis ». Cette loge travaillait selon des rituels fortement imprégnés d'influences égyptiennes.

C’est en 1803 que le Frère Charles Lechangeur ayant eu la responsabilité de rassembler tous les éléments, de les classer et de les coordonner pour rédiger un projet de Statut général, codifie le Rite de Misraïm auquel, seront initiés François Joly, Théodoric Cerbes, Michel et Marc Bédarride (négociants, passant pour des juifs portugais, né à Cavaillon dans le comtat de Venaisin).

En 1804, le Rite Oriental de Misraïm commence, depuis Venise, à se répandre en Lombardie. Au début, les postulants ne pouvaient progresser qu'au 87e degré. En 1805 le Franc-maçon Charles Lechangeur crée à Milan le Suprême Conseil du Rite qui dirige les 90 degrés. Les trois derniers degrés qui ont complété le système ont été réservés aux Supérieurs inconnus, et même les noms de ces Grades ont été cachés aux Frères de degrés inférieurs. Organisé de cette façon, le Rite Misraïm s'est répandu dans le Royaume d'Italie et le Royaume de Naples. Il a été adopté par d'autres par un chapitre de la Rose + Cross appelé "La Concorde" qui avait son siège dans les Abruzzes. En 1811 un diplôme délivré par ce chapitre à un Frère nommé B. Clavel le désignait comme l’un des chefs du Rite, le Frère Marc Bédarride n’ayant seulement reçu à cette époque que le 77e degré.

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1804 Acte de Constitution du Rite de Misraïm au Bulletin Officiel

De 1810 à 1813, les frères Bédarride (1) (Marc, Michel et Joseph), François Joly, Gaborria et Garcia développèrent avec succès le rite de Misraïm en France, sous la protection du Rite Ecossais. Une Patente de Constitution en date du 23 décembre 1810 fonde les Corps Suprêmes du Rite de Misraïm à Paris, Bruxelles et Madrid. Bien que controversé, il semble que leur système et leurs chartes aient convaincu divers maçons, dont Thory et le Comte Muraire, qui les mirent en relation avec d'autres maçons du rite écossais. Quelques Loges furent créées. Mais divers problèmes de détournement de fonds de la part des frères Bédarride poussèrent de nombreux frères à se retirer et à fonder une nouvelle Puissance Suprême égyptienne qui demandera en 1816 et sans succès à être admise au sein du « Grand Consistoire » du Grand Orient de France.

Misraïm se situant dans le prolongement des communautés israélites médiévales de Provence et du Languedoc suivait le rite Juif Séfarade de Carpentras, et était en outre très versée dans des études kabbalistiques. Plus kabbalistique qu’égyptien, le rite Oriental de Misraïm fut donc introduit, développé et dirigée en France par les frères Bedarride, à une époque où les Juifs n’avaient aucun droit de cité au sein de la Franc maçonnerie, et cela quasiment sous la protection du Rite Écossais.

En 1813, nous trouvons le Grande Loge L’Arc en Ciel, à l'est de Paris, professant le Rite de Misraïm. Et le 12 février 1814, le Comte Muraire et les Grands dignitaires du 33 ° degré pour la France, se sont réunis chez Marc Bedarride, à l'Hôtel des Indes, rue du centre commercial, pour créer le Grand Conseil général suprême du 90 ° degré du Rite de Misraïm.

Le 21 mai 1814, les Frères Bedarride ont établis à leur domicile parisien, 27 rue des Bons Enfants, un Grand Chapitre du Rite de Misraïm qui comportait donc 90 degrés regroupés en quatre séries.

La Loge mère aurait également reçu la lumière en mai 1814, sous le titre distinctif de « l’Arc en ciel ».

Le Rite comptait alors, des noms maçonniques illustres à sa tête : comme le Comte de Saint Germain, le Comte Muraire, Souverain Grand Commandeur du Rite Écossais Ancien Accepté, le Duc Decases, le Duc de Saxe-Weimar, le Duc de Leicester, le Lieutenant Général Baron Teste, etc...

En 1810, s'opère en France une réaction contre les sociétés secrètes républicaines de type carbonari fondées dans le pays par Arnaud Bazard, Jacques Flotard et le frère Jacques Buchez. Cette société avait été introduite en Italie par Pierre Joseph Briot, administrateur des Abruzzes (sous l’autorité de Joseph Bonaparte) initié à la "Société Secrète Républicaine des Philadelphes" de Besançon, "Bon Cousin Charbonnier" du rite forestier de l'Ordre de la Fenderie dit du Grand Alexandre de la Confiance, et affilié au Rite de Misraïm. Parallèlement, y avait été initié Filippo Buonarroti, révolutionnaire français d'origine pisane, ancien ami de Gracchus Babeuf, qui a connu Briot à Sospel ; il va durant trente ans se servir des loges, en particulier au sein de sa propre organisation ("Les Sublimes Maîtres Parfaits", sous la direction d'un "Grand Firmament") pour couvrir la diffusion de ses idées révolutionnaires, celles de l'idéal babouviste du communisme égalitaire. Quoique relativement limitée, cette regrettable confusion entre franc-maçonnerie et idées carbonaristes fera rapidement le lit de la politisation des loges.

Dans la région de Besançon, le mouvement révolutionnaire des Bons Cousins Charbonniers auquel pourrait avoir appartenu le frère Lafayette (par ailleurs vénérable de la loge "Les Amis de la Vérité" de Rosoy et membre du Suprême Conseil), s'était étendu et avait tenté d'infiltrer les loges pour y faire pénétrer leurs idées contestataires et recruter des maçons prêts à participer à un soulèvement républicain.

Selon Reghellini de Schio, ce serait donc le 24 décembre 1813, à Naples, que François Joly, ayant rempli les fonctions de secrétaire général du Ministère de la Marine à « Naples », aurait été initié à la franc-maçonnerie de Cagliostro, ainsi que les Frères Charles Lechangeur, Gaborria, Michel et Marc Bedarride, tous demi-soldes de la campagne d’Italie. Ceux-ci auraient reçu par délégation et pouvoirs du Souverain Conseil Universel (qui comprenait les Zénith de Venise, du Caire et de Palerme) une charte les autorisant à propager le Rite maçonnique égyptien de Misraïm en France.

En 1814 de retour en France, plusieurs officiers, rescapés de la campagne napoléonienne d'Egypte, fondent à Montauban la Loge "Les Disciples de Memphis " qui, immédiatement après deviendra la Loge Mère de l'Ancien Rite Oriental de Memphis. Parmi les membres fondateurs de cet extraordinaire Atelier, on trouve l'Officier d'origine Italienne, Gabriel Mathieu Marconis de Nègre (son fils deviendra ensuite l'héritier de la Tradition Maçonnique que le Rite de Memphis avait ramené d'Egypte).

Ce n'est que le 9 avril 1815 qu'il a été officiellement décidé qu'à partir de ce jour, le Grand Conseil Supérieur des Sages, Grands Maîtres ad-vitam, 90 ° degré est établi et composé dans la Vallée de Paris pour régir l’obéissance maçonnique de Misraïm en France. Rapidement, le Rite rencontre un grand succès. En 1822, il regroupe des Loges et des Conseils dans 24 villes françaises, 22 à Paris dont la respectable Loge Mère l’Arc en Ciel, 6 à Lyon, 6 à Metz, 5 à Toulouse, 3 à Bordeaux, 1 à Lille, St-Omer, Marseille, Rouen, Strasbourg, Clermond-Ferrand, Nancy, Besançon, Montpellier, Carcassonne, Montauban, Moissac, Roanne, Tarare, Nantes, Sedan, Nimes, ainsi qu'en Angleterre, en Suisse et en Belgique.

Sous la Terreur Blanche (en été 1815), c'est Misraïm qui transmet leur nécessaire maîtrise aux Carbonari. Violemment anticlérical et anti royaliste, le Rite groupe alors une cinquantaine de Loges à travers le pays. Cependant le pouvoir politique et certaines obédiences maçonniques dont le Grand Orient de France, alors majoritairement monarchiste et catholique, qui pénétrées par le vent de liberté de la démocratie porté par la révolution Française, supportaient mal un rite qui se déclarait aristocratique et qui comportait un tel système de hauts grades.

Le 29ème jour du 2ème mois 5826, correspondant au 29 avril 1822, le Gold Book of Misraïm précise que: "Les membres de la Respectable Loge travaillant sous le titre distinctif d'Osiris, Vallée de Lille, prétendait à la Puissance souveraine afin qu'elle soit régulièrement enregistrée dans le grand livre d'or. La proposition a été adoptée à l'unanimité ".

Si, très rapidement, le Rite de Misraïm rassemble les jacobins nostalgiques de la République, c'est au sein du Rite de Memphis, que se regroupent les demi-soldes de l'ex-Grande Armée et les bonapartistes demeurés fidèles à l'Aigle. Notons du reste que les deux Rites ont en 1816  le même Grand-Maître Général, prémisses de la fusion future.

En ce qui concerne la composition de ces loges, le recrutement était plutôt composite. On y trouvait, comme nous l'avons déjà montré, des personnes éminentes, souvent des dignitaires du Rite écossais. Ils étaient mélangés avec des personnes intéressées par des doctrines ésotériques ou des «hauts degrés», attirés par la «hiérarchie des 90 degrés» et par l'origine vraisemblablement égyptienne du Rite, et enfin par des bonapartistes et des républicains, parfois Carbonari, cherchant une couverture. Pas étonnant que tout cela ne plaise pas au Grand Orient de France qui souhaitait contrôler l'ensemble de la maçonnerie française, et qui était hostile au système des «hauts degrés» et aux études ésotériques, craignant pour que le gouvernement de Louis XVIII interdise la maçonnerie en tant que mouvement politique, adversaire de la monarchie. En conséquence, dès le début, le Grand Orient montre une opposition très forte au Rite de Misraïm. Déjà en 1817, le maréchal de Burnonville, grand maître du Grand Orient de France, lui interdisait l’accès à ses Loges sous peine d'exclusion. De plus, comme il est malheureusement banal de nos jours, les dissentions éclatèrent au sein du Rite (le Frère Joly, initié par Misraïm en Italie, exigeait la Grande Maîtrise du Rite en France, soutenu par Jean-Marie Ragon). De plus, certains frères reprochèrent aux Frères Badarride d'utiliser Misraïm comme propriété personnelle. Mais les principaux problèmes provenaient surtout du gouvernement.

Les deux rites (Misraïm et premier Memphis) furent réunis au moment de la proclamation du Royaume d'Italie par Napoléon. L'empereur les reconnut alors comme Ordre Oriental Ancien et Primitif de Misraïm et de Memphis. En retour, tout naturellement, l'Ordre se montra favorable à l’Empereur et à sa politique.

En 1816, onze frères appartenant au rite de Misraïm, mécontents et scandalisés du trafic que les frères Bédarride osaient faire de cette maçonnerie, résolurent de purifier le rite et de créer une nouvelle Suprême Puissance, en formant un Suprême Conseil 90e degré.

Les membres chargés de remplir les offices furent les Frères : Ragon, chef de bureau, Vénérable fondateur de la Loge impétrante des Trinosophes ; Gaborria, Souverain Grand Maître absolu au 90e et dernier degré, Vallée de Naples ; Decollet, chef à l’administration des Monnaies et Médailles ; Méallet, secrétaire de la société académique des sciences ; sous la présidence du Frère François Joly, autorisé à créer, établir et constituer en France le Rite de Misraïm dans ses quatre séries et dans tous les degrés qui les composent en vertu des pouvoirs qui lui avaient été délégués à Naples, en 1813, par la Puissance établie en cette capitale.

Le 11 novembre 1816, l’acte de constitution de cette Suprême Puissance fut signé par François Joly, Suprême Grand Président 90; Richard 90e ; Ragon, Suprême Grand Chancelier 90e ; Méallet, Suprême Grand Inspecteur 90e ; Armand Gaborria, Suprême Garde des Sceaux 90e ; Pignière 90e ; Décollet 90e ; etc… Ils présentèrent ce document au Grand Orient de France qui ne considéra pas comme opportun, ni prudent de l’admettre, d’autant que ces hauts-grades du Rite n'avaient jamais approuvé: ni la réduction de l'échelle égyptienne aux trente-trois degrés de l'écossisme, ordonnée par  l'Hiéro­phante Pesina et mise en pratique en certains pays (notamment l'Argentine) ; ni la suppression de ses liturgies spiritualistes.

Ragon, qui, après une courte collaboration avec les frères Bedarride (Joseph, Michel et marc), devint leur implacable adversaire, nous apprend que les pouvoirs des dirigeants français du Rite, les Frères François Joly, Gabboria et Garcia, leur avaient été conférés à Naples le 24 décembre 1813. Pour sa part, Pierre Lasalle, Grand maître de Misraïm à Naples, fut probablement celui qui introduisit les Arcana Arcanorum dans le « régime de Naples » du Rite primitif de Misraïm.

Les documents justificatifs étaient rédigés en langue italienne  et furent présentés aux commissaires du Grand-Orient le 20 novembre 1816.

Yyyyyyyyyyyyy

Parlant plus loin des secrets des derniers degrés du Rite de Misraïm, Ragon spécifie : « concernant les quatre derniers degrés du Rite de Misraïm apporté du Suprême Conseil de Naples, par les Frères Joly, Gabboria et Garcia, tout lecteur impartial, qui les comparera, verra combien ces degrés diffèrent de ceux qu'énoncent les Frères Bedarride. » Et il ajoute ailleurs : «Cette explication et les développements des degrés 87, 88 et 89, qui forment tout le système philosophique du vrai rite de Misraïm, satisfait l'esprit de tout maçon ins­truit. Elle  est parue à Londres sur ce rite en 1805, sous forme d'in-quarto, signalée dans une brochure d’un certain Bretel, intitulée « réponse à un libellé » et publiée à Bruxelles en août 1818. Nous avons d'autre part en notre possession à Bruxelles, où le rite de Misraïm fut introduit en 1817, une partie de ses archives : statuts (parus chez REMY, rue des Escaliers, le 5 avril 1818) ; diplômes ; polémique avec les autres Rites, signalant un ouvrage de Ragon (op. cit. page 247 et 307, note I) ; et un tuileur manuscrit, sur parchemin, contenant notamment les « Arcana Arcanorum » — sur papier et avec écriture absolument identique à un autre document daté de 1778».

Uuuuuuuuuu

Jean Marie Ragon

Si le prétendu Misraïm de Ragon disparu de la circulation, il fut à l’origine de la diffamation, de la persécution et de dénonciation contre les Bédarrides et les Misraïmites de la part des journalistes du Grand Orient parmi lesquels le dénommé Richard, membre de l’Académie des sciences, qui fut expulsé le 15 août 1818, ainsi que les Frères Beaurepaire, Méallet, Joly et consorts, à la suite de ce qu’ils avaient tenté de faire au préjudice du Rite.

Iiiiiiiiiiiii

(Ce manuscrit original du Premier degré du Rite de Misraïm, transcrit par les frères Lechangeur, Gaborria et Ragon et composé de 35 pages sont issus du fond Gaborria et se trouvent actuellement à la Bibliothèque Municipale d’Alençon).

De ces éléments, nous pouvons toujours déduire :

1) que le rite égyptien était pratiqué en Méditerranée et en Italie avant 1789 ;

 2) que ses derniers degrés se pratiquaient sous forme de deux régimes très différents : un régime à philosophie kabbalistique (Régime Bedarride) et un régime à philosophie égypto-hellénique (Arcana Arcanorum: Secrets des Secrets, ou Régime de Naples).

3) Que ce Rite, plus kabbalistique qu’égyptien, issu des sociétés secrètes du royaume de Naples où l’on retrouve des noms comme le Comte de Saint Germain et Cagliostro, fut donc introduit et véhiculé en France par la communauté Juive de Cavaillon.

On conçoit dès lors facilement que ceux-ci aient été voilés pour l'historien Claude-Antoine Thory, dont on craignait les divulgations. On comprend aussi l'avis de Jean-Marie Ragon qui précise : « Tout ce rite se résume en fait aux quatre degrés phi­losophiques de Naples » Le fait que Bedarride signale que son mystérieux ANANIAH ait quitté le Midi de la France en 1782 pour l'Italie prouve qu'au moins ce point de son histoire du rite n'est pas dépourvu de vraisemblance historique. C'est donc avec raison que l'historien Zaite repousse comme très douteuse l'hypothèse de certains écrivains mal renseignés, qui attribuent «l'invention» de ce rite au nommé Charles Lechangeur, à Milan, en 1805 !

De tout temps, les « Arcanes » des quatre derniers degrés s’étaient transmis de façon régulière. Pouvait-on lire dans une revue de vulgarisation destinée au monde profane, esquissé en ses grandes lignes un bref résumé de ce qui pourrait s'appeler: la philosophie de ce Rite ? C’eut sans doute été une œuvre nécessaire car précisément Misraïm se distinguait des autres Ordres maçonniques par la richesse de son enseignement ésotérique. Un simple coup d'œil sur son organisation et sur son symbolisme suffisait à définir son caractère.

Ooooooooooooo

Le grand sceau du rite de Misraïm, édité à Bruxelles en 1818

1) Ses statuts authentiques — ceux de 1818 — montraient que cet Ordre était basé, non sur le nombre mais sur la sélection ; non sur le vote de la masse mais sur l'autorité de ses instructeurs. Le Grand-Maître, Souverain Grand Conservateur Général du Rite, Puissance Suprême, avait tout pouvoir dogmatique et administratif au sein de l'Ordre. Il était son régent, ad vitam. Tout membre du 90e degré pouvait être initié individuellement et sous sa propre responsabilité à tous les degrés successifs de l'Echelle du Rite. Au premier degré, un vote était exigé de l'atelier sur toute candidature de profane qui lui était soumise, la majorité étant requise pour qu'une admission soit agréée. Cette organisation était conforme aux traditions initiatiques. L'Hiérophante était le Père et l'instructeur de ses enfants spirituels. Il ne dépendait pas d'eux, ce n’étaient pas les enfants qui élisaient leurs parents. Ses collaborateurs directs, titulaires du dernier degré, avaient le pouvoir d'initiation individuelle, en dehors de tout temple et de toute organisation. C'était là le précieux principe de l'Initiation Libre, qui avait permis tant de diffusion à d'autres Fraternités initiatiques, telles que le Pythagorisme et le Martinisme.

2) Ses symboles particuliers ne manquent pas d'intérêt : on y retrouve: d'une part le Triangle rayonnant, d'autre part, le secret des Pythagoriciens, ainsi que le double Carré — Matière-Esprit — tous emboîtés les uns dans les autres. Les trois mondes sont symbolisés par trois cercles concentriques. La Kabbale y est représentée par l'Echelle de Jacob et les tables de la Loi, le courant égypto-hellénique, par le dieu-Bélier Amon et l'Olivier sacré.

3) Ses enseignements n’étaient pas seulement un compendium traditionnel des Vérités de l'ésotérisme. Ils confèraient de véritables secrets et assuraient un Lien vivant avec l'Invisible. Le parallélisme entre certains passages des Arcana et les traditions du rituel de Cagliostro était étonnant : par exemple : « le 89e degré de Naples donnait, dit Ragon, une explication détaillée des rapports de l'homme avec la Divinité, par la médiation des esprits célestes. Et il ajoutait : «Ce grade, le plus étonnant et le plus sublime de tous, exige la plus grande force d'esprit, la plus grande pureté de mœurs, et la foi la plus absolue. » Ecoutons maintenant Cagliostro : « Redoublez vos efforts pour vous purifier, non par des austérités, des privations ou des pénitences extérieures ; car ce n'est pas le corps qu'il s'agit de mortifier et de faire souffrir ; mais ce sont l'âme et le cœur qu'il faut rendre bons et purs, en chassant de votre intérieur tous les vices et en vous embrasant de la vertu. » II n'y a qu'un seul Etre Suprême, un seul Dieu éternel. Il est l'Un, qu'il faut aimer et qu'il faut servir. Tous les êtres, soit spirituels soit immortels qui ont existé, sont ses créatures, ses sujets, ses serviteurs, ses inférieurs. Etre Suprême et Souverain, nous vous supplions du plus profond de notre cœur, en vertu du pouvoir qu'il vous a plus d'accorder à notre initiateur, de nous permettre de faire usage et de jouir de la portion de grâce qu'il nous a transmise, en invoquant les sept anges qui sont aux pieds de votre trône et de les faire opérer sans enfreindre vos volontés et sans blesser notre innocence. »  Ragon : Tuileur universel, page 307, 1856. 23 Cf. «Rituel de Cagliostro», pages 54, 55, 61, 62. Ces rituels tendaient tous au même but : purifier les assistants ; les plonger dans une vivifiante ambiance spirituelle ; les mettre en relation et en résonance sur les plans supérieurs à la débilité humaine ; les charger des grâces d'En-Haut. C'était là, au fond, reprendre tout ce que le vieux courant égypto-grec avait enseigné à ses prêtres : Apollon descendait à Delphes et inspirait la Pythie ; Amon-Ra descendait à Thèbes et animait son image ; l'Invisible touche le visible, dans une osmose ineffable. Tel n'était-il pas le seul, l'immense, l'indicible effet de l'Initiation véritable? Donner à la vie un sens. Mener l'initié à la communion avec le Cosmos. Le ramener à sa Patrie céleste. Et si les rites modernes n'avaient pas la puissance et le rayonnement des liturgies antiques, ils avaient cependant cet avantage précieux de nous mettre sur le chemin de la Vérité et de nous donner une joyeuse confiance en nos destins...

Jean Mallinger, Avocat à la Cour d'Appel de Bruxelles, précise que l’enseignement des Arcana arcanorum est totalement étranger aux doctrines du Régime de Naples ; c'est celui inséré au 3e degré d'adoption de Cagliostro où il donne (cf. pages 140-142) les détails pratiques d'une opération, devant durer quarante jours et provoquer un rajeunissement complet de tous les organes physiques de l'adepte! C'est là, évidemment, un symbole, que les gens crédules ont cru bon de prendre à la lettre : non seulement, aucun d'eux n'a pu réussir cette cure « d'élixir de longue vie » mais Cagliostro lui-même a avoué un jour n'avoir jamais expérimenté ni réussi la méthode, dont il se faisait le propagandiste ! (Cf. Vie de Balsamo, page 206, 1791.) Les plus belles prières des Rites égyptiens.

Invocation pour l'ouverture des travaux au premier degré 

« Puissance Souveraine qu'on invoque sous des noms divers et qui règnes seule, Tout-Puissant et immuable, Père de la Nature, Source de la Lumière, Loi Suprême de l'Univers, nous Te saluons ! » Reçois, ô mon Dieu, l'hommage de notre amour, de notre admiration et de notre culte ! » « Nous nous prosternons devant les Lois éternelles de Ta Sagesse. Daigne diriger nos Travaux ; éclaire-les de Tes lumières; dissipe les ténèbres qui voilent la Vérité et laisse-nous entrevoir quelques-uns des Plans Parfaits de cette Sagesse, dont Tu gouvernes le monde, afin que, devenus de plus en plus dignes de Toi, nous puissions célébrer en des hymnes sans fin l'universelle Harmonie que Ta Présence imprime à la Nature. » Extrait de : Le Sanctuaire de Memphis, par le F. E.-J. Marconis de Nègre, pages 62-63, Paris, Bruyer, 1849. II.

Prière de clôture des travaux au premier degré

 « — Dieu Souverain, qu'on invoque sous des noms divers et qui règnes seul, Tout-Puissant et immuable, Père de la Nature, Source de la Lumière, Loi suprême de l'Univers, nous Te saluons ! » « Pleins de reconnaissance pour Ta Bonté infinie, nous Te rendons mille actions de grâces, et au moment de suspendre nos travaux, qui n'ont d'autre but que la gloire de Ton Nom et le bien de l'humanité, nous Te supplions de veiller sans cesse sur Tes enfants. » « Ecarte de leurs yeux le voile fatal de l'inexpérience ; éclaire leur âme ; laisse-leur entrevoir quelques-uns des Plans Parfaits de cette Sagesse, avec laquelle Tu gouvernes le monde, afin que, dignes de Toi, nous puissions chanter avec des hymnes sans fin Tes ouvrages merveilleux et célébrer, en un chœur éternel, l'universelle Harmonie que Ta Présence imprime à la Nature. » « Gloire à Toi, Seigneur, gloire à Ton Nom, gloire à Tes Oeuvres ! » Id. : page 102. III. Prière d'ouverture du Souverain Chapitre « Seigneur, Père de Lumière et de Vérité, nos pensées et nos cœurs s'élèvent jusqu'au pied de Ton trône céleste, pour rendre hommage à Ta Majesté Suprême.» « Nous Te remercions d'avoir rendu à nos vœux ardents Ta Parole vivifiante et régénératrice: Gloire à Toi ! » « Elle a fait luire la Lumière au milieu des ténèbres de notre intelligence : Gloire à Toi ! » « Accumule encore Tes dons sur nous et que, par la science et par l'amour, nous devenions aux yeux de l'univers, Tes parfaites images !» Id. : page 135 IV. Prière de clôture du Souverain Chapitre « Dieu Souverain, Ta bonté paternelle nous appelle au repos. Reçois l'hommage de notre reconnaissance et de notre amour. Et pendant que le sommeil fermera nos paupières, que l'œil de l'âme, éclairé de Tes splendeurs, plonge de plus en plus dans les profondeurs de Tes divins Mystères ! » Id. : page 137. V. Prière sur un initié « Mon Dieu, créez un cœur pur en lui et renouvelez l'esprit de Justice en ses entrailles ! Ne le rejetez point de devant Votre face ! Rendez-lui la joie de Votre assistance salutaire. Et fortifiez-le par un esprit, qui le fasse volontairement agir. Il apprendra Votre voie aux injustes ; et les impies se retourneront vers Vous... » Cagliostro : « Rituel du 3e degré », page 65 (Editions des Cahiers astrologiques, Nice 1948). VI. Prière finale « Suprême Architecte des Mondes, Source de toutes les perfections et de toutes les vertus, Ame de l'Univers, que Tu remplis de Ta gloire et de Tes bienfaits, nous adorons Ta Majesté Suprême ; nous nous inclinons devant Ta Sagesse Infinie, qui créa et qui conserve toutes choses. » « Daigne, Etre des êtres, recevoir nos prières et l'hommage de notre amour ! Bénis nos travaux et rends-les conformes à Ta Loi ! » « Eclaire-les de Ta Lumière Divine. Qu'ils n'aient d'autre but que la gloire de Ton Nom, la prospérité de l'Ordre et le bien de l'humanité. » « Veuille unir les humains, que l'intérêt et les préjugés séparent les uns des autres ; écarte le bandeau de l'erreur, qui recouvre leurs yeux. Et que, ramené à la Vérité par la Philosophie, le genre humain ne présente plus devant Toi qu'un peuple de frères, qui T'offre de toutes parts un encens pur et digne de Toi ! » Extrait de : Marc Bedarride : De l'Ordre Maçonnique de Misraïm, tome II, page 419, Paris, Bénard, 1845.

Sans doute, au moment où Napoléon fait sa campagne d'Egypte, l'on sait encore très peu sur la religion, l'écriture, le symbolisme de l'ancienne Egypte : Champollion n'avait pas encore découvert la clé des hiéroglyphes : il ne devait faire sa première et sensationnelle communication sur l'alphabet égyptien qu'à la date du 17 décembre 1822. Que connaissait-on de l'Egypte à cette époque ? De véritables fables couraient sur elle ; ses initiations sacerdotales étaient décrites de façon romanesque et invraisemblable ; deux Allemands, pleins d'imagination, von Kôppen et von Hymmen avaient lancé depuis 1770 un rite théâtral, appelé: Crata Repoa, qu'ils traduisaient fort faussement par : Silence des Dieux, où l'initiation antique qui se donnait dans la Grande Pyramide était « fidèlement reproduite » par une réception symbolique à sept degrés successifs (Pastophore ; Néocore ; Mélanophore ; Christophore ; etc.) d'une lamentable fantaisie. Deux Français, Bailleul et Desétangs devaient en diffuser une version française en 1821. De son côté, l'abbé Terrasson avait déjà montré la voie, dans son roman initiatique : Sethos. Cf. une version française des Crata Repoa dans la revue HIRAM, dirigée par le Dr PAPUS, fascicules 4 à 7 du 1er avril 1909 au 1er juillet 1909, Paris ; un résumé détaillé. La « mode » des initiations « à l'égyptienne» avait d'ailleurs conquis Paris et devait provoquer l'inquiétude, puis la réaction sévère des autorités maçonniques de l'époque.

 

 

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