LA PLANCHE A BASCULE

LA PLANCHE A BASCULE

 

 

Lors du second voyage conduisant le profane vers l’initiation à nos pseudo-mystères (le premier étant celui qui le confronte à lui-même dans le cabinet de réflexion), le récipiendaire, les yeux bandés, est appelé à rencontrer sur son chemin ce dangereux obstacle que représente la planche à bascule. Dans certains autres rites maçonniques, le postulant est hissé sur une table assez haute, et doit se jeter dans le vide. Cette épreuve évoque symboliquement l’une de celles que les anciens imposaient physiquement à tous leurs candidats. Si aujourd’hui le danger encouru n’est que très purement symbolique, il convient cependant de ne pas trop en relativiser l’importance. Car si ce pénible et bruyant voyage pris dans sa plus simple expression, peut symboliser la vie profane et les passions qui tous nous agitent, ainsi que les difficultés que nous pouvons y rencontrer, il suggère également d’autres significations plus ésotériques pouvant concerner l’homme confronté aux trois règnes de la nature, c’est à dire le plan du corps, mais aussi de l’âme et de l’esprit.

S’il se place sur le plan physique, et bien que l’aveuglement l’incite à la prudence, le récipiendaire, privé de lumière, inapte à se diriger mais avide de connaissance et assoiffé de vérité, s’engage à franchir ces obstacles sur lesquels le guidera le Frère expert. Mon fils suivez-moi, entend t-il ! Conduit d’une main ferme et secourable, il affrontera sa peur de l’inconnu et subira dans sa chair la morsure de la planche à boules. Puis viendra la planche basculante qui symbolise les ambitions personnelles et profanes, voir l’ascension vers les sommets où semblent briller de trompeuses lumières, et qui soudain s’affaisse le faisant chuter dans le vide. Ce voyage vertical qui précipite brutalement le récipiendaire vers le bas est une invitation à méditer sur le symbolisme du Nadir, sur le point le plus bas de la sphère céleste et de l’axe du monde. C’est de ce point placé au plus profond de son être que commence le trajet initiatique dont la première étape se trouve précisément symbolisée dans la Genèse par les eaux primordiales. C’est pourquoi le symbolisme de la planche à bascule renvoie directement à celui du « moi profond » et à la confrontation avec ce deuxième élément, l’eau. Bienheureusement, dans cette épreuve qui pourrait s’avérer dangereuse, le vigilant Expert rétabli, si nécessaire, l’équilibre du récipiendaire et lui permet l’accomplissement de ce second voyage. Ce premier contact réellement fraternel avec un membre de la Loge, lui suggère alors que les maçons voleront à son secours au moment du danger.

S’il se place sur le plan de l’âme humaine, le récipiendaire prendra conscience que ce qu’il va devoir subir se double en des plans plus subtils, d’une réalisation occulte.  ... Le tumulte et les obstacles divers qui entravent sa marche, seront alors perçus comme une opposition à sa tentative d’élévation spirituelle, hors des ténèbres matérielles, hors des passions inférieures ... En souhaitant s’élever au-dessus de ses passions, en gravissant les degrés de ses imperfections, le postulant non initié subit les lois de la gravitation et de l’existence, qui agissent avec une constance flagrante. C’est la chute du niveau du principe vers celui de la manifestation. C’est cette chute qui le conduira à l’errance, au voyage, à la recherche de la parole perdue. Comme l’enseignaient dans leurs temples les prêtres égyptiens, l’errance est un voyage d’accoutumance progressive à la lumière, elle-même étant l’ombre de Dieu, symbolisée par le soleil. Cette errance, ils la représentaient sous les traits d’un oiseau à tête humaine qu’ils nommaient le BA, et dont la fonction première était d’enrichir l’esprit du corps avant et après la mort.

Si le récipiendaire se place immédiatement sur le plan de l’esprit, ce qui est relativement peu fréquent à l’occasion d’une initiation au premier degré, il percevra ce tumulte comme un brouhaha sans importance. Son premier contact avec la lumière sera bref mais significatif, à l’instant même où ayant passé la porte basse, l’Expert lui aura rendu sa verticalité . L’homme debout retrouve toute sa mesure et son intégrité spirituelle. Les différentes phases de son initiation seront perçues comme un processus d’élévation, comme une ascension vers les cimes de la spiritualité, bien qu’il sache qu’à son degré, il ne pourra se flatter d’y accéder. Le récipiendaire chutera plus d’une fois durant son initiation. Chaque fois que ses pas le conduiront hors de la voie intuitive de son subconscient, chaque écueil qu’il rencontrera, chaque sortie de l’enceinte de la Loge, sera ressenti comme une chute, comme une rupture avec l’esprit sacré du rituel. Cependant, si au commencement était la parole, selon le prologue de l’évangile selon Saint Jean, celle-ci peut être un obstacle à la vie spirituelle. C’est l’esprit véhiculé par la parole qui vivifie le corps, encore faut-il en avoir la conscience.

Les épreuves maçonniques, telles qu’elles sont mises en scène au sein des Loges, peuvent sembler ridicules aux profanes, comme tous les actes symboliques envisagés en leur seule extériorité. Cependant, en leurs moyens et en leurs buts, elles se comparent à celles des mystères antiques, tendant à symboliser la culpabilité de l’Adam Kadmon dont vous parlera (dont vous a parlé) notre Vénérable Maître ; exotériquement, de ces épreuves naît l’homme nouveau, libre et débarrassé de ses préjugés, prêt à affronter la, ou les vérités que la connaissance lui proposera ; ésotériquement, l’épreuve de la planche à bascule rappelle les affres d’une rupture consommée avec le principe créateur, et le dur chemin vers sa réintégration.

 

 J’ai dit

Robert MINGAM

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