LES LACS D'AMOUR

LES LACS D'AMOUR

 

 

Si l'on se contente de la définition du dictionnaire, ce cordon ceinturant notre Loge et comportant un certain nombre de nœuds se terminant par deux houppes dites dentelées ne symboliserait que l'union des Francs maçons. Jules Boucher dans son incontournable ouvrage « La symbolique maçonnique» précise que les premiers maçons spéculatifs, auraient remplacé cet outil de mesure des compagnons bâtisseurs par un cordon ornemental, avec des nœuds en forme de lacs d'amour comme ceux figurant sur certaines armoiries. Il ne dit rien sur la fonction opérative de ce symbole par nos prédécesseurs, pas plus que sur le nombre de nœuds qui devrait le composer.

Au 18e siècle, le Lacs d'Amour figuré par un cordon replié deux fois sur lui-même de façon à former un huit couché, se retrouvait fréquemment sur les blasons et emblèmes symboliques adoptés par des familles nobles, des communautés, voire des villes ou des provinces. Ce nœud plus spéculatif qu'opératif, aurait pu être choisi pour son caractère décoratif par les maçons issus de la noblesse, ou plus vraisemblablement pour ajouter une touche symbolique supplémentaire se rapportant au nombre qu'il suggère.

La première explication serait alors d'ordre mathématique puisque le symbole de l'infini y est représenté par un huit couché. Selon Pythagore, ce nombre symbolise la Terre, non dans sa surface mais dans son volume, puisqu'il est le premier nombre cubique. Les pythagoriciens quant à eux, en ont fait le symbole de l'amour et de l'amitié, de la prudence et de la réflexion. L'identification du Maçon à ce symbole correspondrait assez bien à son éthique.

La seconde explication pourrait être d'ordre spirituelle car, selon Saint Ambroise, l'un des plus illustres Pères de l'église latine du quatrième siècle, le nombre huit correspondrait au Nouveau Testament. Il serait le symbole de la Vie nouvelle, de la résurrection finale et de la résurrection anticipée qu'est le baptême. La présence sur l'Autel des Serments de la Bible ouverte sur le Prologue de l'Evangile de Saint Jean serait significative de l’attachement à ce symbole des obédiences traditionnelles.

La troisième explication pourrait être d'ordre historique car, dans la religion des anciens égyptiens, le huit était le nombre de la perfection, de l'équilibre et de l'Ordre Cosmique. Il exprimait et symbolisait l'incarnation dans la matière, elle-même créatrice et autonome, régissant ses propres lois. L'homme Initié en quelque sorte.

Le Lacs d'Amour est un symbole de reconnaissance que les Maîtres Maçons portent souvent sur le revers gauche de leur veste. A chaque degré correspond un bijou en relation avec son rituel, et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Cependant, si l'on étudie le symbolisme héraldique, le Lacs d'Amour aurait une connotation funéraire. En effet, au Moyen Age, notamment, les Veuves entouraient leur écusson de jeune fille d'une cordelière de soie noire et blanche faite de lacs d'amour pour indiquer qu'elles étaient déliées. Le dessin formé par les circonvolutions de la corde pourrait donc laisser supposer qu'il s'agissait d'un symbole sexué. En qualité de Fils de la Veuve, le Maître Maçon a la faculté de porter l'insigne de son deuil, au même titre qu'autrefois il était de circonstance de porter le ruban noir sur le revers gauche de son vêtement après le décès d'un être cher.

Sur cette corde ceinturant les Loges, les nœuds, aux deux extrémités sont fermement serrés de manière à empêcher les fils qui la compose de se détresser. Contrairement aux cordes modernes en nylon dont on peut brûler les bouts, les cordes de chanvre utilisées par nos prédécesseurs ne pouvaient être terminées que par des nœuds qui, pour être serrés, nécessitaient une sur longueur d'une coudée. On attribua à cette partie de corde détressée, tombant de chaque côté des colonnes J et B une signification symbolique que l'on appela des «houppes dentelées ». Partant de la colonne B pour rejoindre la colonne J (ou réciproquement selon le Rite), situées à l'extérieur du Temple, comme le précisent certains Rituels, mais pénétrant à l'intérieur et ceinturant la Loge, cette corde, ouverte sur le monde profane et comportant un certain nombre de nœuds dont nous découvrirons plus tard le symbolisme, rappelle que nos travaux, aussi discrets soient ils, doivent cependant servir à faire progresser l'humanité. Ces filaments de chanvre qui viennent s'entrecroiser pour former une corde bien solide, symboliseraient la multitude des Sœurs et les Frères qui quittent le monde profane pour venir s'unir dans le Temple et s’enrichir de ses Lumières. A l'autre extrémité, ces mêmes filaments représenteraient les mêmes Sœurs et Frères repartant vers le Monde Profane, chargés des énergies bienfaitrices échangées dans la Loge.

Si les maçons pénètrent et circulent dans le temple de gauche à droite : si dans leurs déplacements ils partent du pied gauche ; si au sein de la Chaîne d’union où les bras sont croisés, la main gauche est saisie par la main droite : si la Lune représentée montante est à la gauche du Soleil, tout comme l’Occident fait face à l’Orient de la Loge, tout cela n’est pas le fruit du hasard mais d’une volonté symbolique certaine, de la part de nos prédécesseurs. C’est une question de polarité. En magie, comme en magnétothérapie, la main gauche aspire l’énergie, elle est censée la recevoir, tandis que la main droite la dispense. Chaque individu peut toujours se recharger en fonction de son propre rythme, pour peu qu’il sache se connecter à une source, qu’elle soit en lui-même ou hors de son corps physique. Dans la Chaîne d’Union, le maçon est comme une pile avec ses polarités. Mis en série entre ses Sœurs et Frères, il créé un champ magnétique au centre de sa Loge en équilibrant son énergie sur celle de l’ensemble des participants. C’est pourquoi, au sortir de la Loge, pour avoir partagé un de ces moments forts de la cérémonie, nous avons tous le sentiment d’être sur une même longueur d’onde.

Les bras croisés sur la poitrine, le maçon s’identifie physiquement à ces lacs d’Amour qui ceinture sa Loge. Il est condensateur de sa propre énergie, et il véhicule celle des autres participants. Les travaux auxquels il a assisté ont plus ou moins élevé ou altéré son niveau vibratoire, mais qu’importe, il reçoit, transmet et participe à l’enrichissement ou à la dilution de l’égrégore commun.

Partager et transmettre sont les maîtres mots de la Franc-maçonnerie, plus important peut être que ceux de Tolérance et de Fraternité.

A l’ouverture des Travaux, le Vénérable Maître nous incite à chercher, en nous et autour de nous, la source de notre enrichissement personnel, en en  invoquant l’origine et les buts que nous nous sommes fixés. Le Grand Architecte de l’Univers, comme  symbole de ce qui nous dépasse, le progrès de l’Humanité comme but recherché et la Lumière que nous venons chercher en Loge symbolisée par le Delta rayonnant placé à l’Orient entre la Lune et le Soleil. Sous la Voûte Etoilée formée d’une multitude de Soleils, les Lacs d’Amour limitent le champ des possibles au sein de notre propre système solaire composé de ses douze constellations.

Dans nos rituels, compte tenu du positionnement des Surveillants dans la Loge, la parole circule alternativement, passant du Septentrion au Midi et de l’Occident à l’Orient. Sur les colonnes, les Sœurs et les Frères sont appelés à la recevoir et à s’en imprégner. Les idées exprimées par les uns et les autres sont comparables à de l’énergie que chacun peut s’approprier. Parallèlement, en observant attentivement l’architecture d’un simple Lac d’Amour, notamment en décomposant ses circonvolutions, on constate que la corde qui le compose passe successivement par les quatre points cardinaux en créant en son centre une sorte de champ magnétique, avant d’aller rejoindre celui qui le précède. On pourrait en déduire que les Lacs d’Amour tendent à se définir sur différents niveaux de conscience, comme pouvant symboliser l’homme sur son chemin de Lumière, les Loges d’une même obédience, unies par un projet commun, voir la fonction égrégorismique de la Franc-maçonnerie Universelle (1).

Parmi les symboles identitaires qui attestent de la solarité de notre spiritualité, les Lacs d’Amour interrogent peut être plus par leur nombre que par leur forme. Pourtant la symbolique que nous attachons aux chiffres y est aussi présente, car ils sont :

- Douze, comme les 12 constellations qui gravitent dans notre système solaire.

- Douze, comme le produit des 4 points cardinaux (le Nord, le Midi, l’Occident et l’Orient) par les 3 plans du monde (Naturel, Humain et Divin).

- Douze, comme les 12 mois qui divisent et représentent la rotation complète de la Terre autour du Soleil.

- Douze, comme les 12 signes du zodiaque qui forment la Sphère céleste.

- Douze, comme le nombre d’Apôtres unis autour d’une seule et même personne.

Mais aussi

- Douze, comme le nombre de nœuds qui composent la corde d’arpentage permettant de tracer le carré long de nos espaces sacrés (Triangles de Pythagore) (2).

- Douze, comme les 12 heures de travail des maçons (censé œuvrer de midi à minuit).

En conclusion, il est bien entendu que cet exposé n'avait pas pour but de vous enseigner une quelconque vérité, car celle-ci n’existant que dans le cœur de chacun je n’ai fait que vous livrer la mienne, mais peut être d'éveiller quelques consciences à ce langage symbolique qui permet parfois de retrouver l'essence des messages véhiculés par nos prédécesseurs.

C’est à nous, Maîtres de la vieille école ayant reçu en héritage le pouvoir d’une transmission initiatique avérée, de proposer aux générations montantes le fruit d’un savoir consommé, afin que survivent et s’enrichissent les valeurs de cet Ordre qui nous a vu renaître en initiation, et que progresse l’humanité  présentement mise à mal par des mouvements sectaires. Si nous manquions à ces devoirs, ou si nous échouions dans cette tâche, comme le rappelait Rabelais dans  Gargantua, piètre, serait l'élève qui ne dépasse pas son Maître... ou comme Voltaire qui enchérissait en précisant que Piètre est le Maître qui n'est pas dépassé par ses élèves.

J’ai dit

Robert MINGAM

(1)- Fonction égrégorismique. Expression inventée pour la circonstance à partir du mot égrégore (inconnu dans le dictionnaire) signifiant une fonction vivante et génératrice d’un égrégore particulier, notamment celui de la Franc-maçonnerie Universelle.

(2)- C'est à l'aide d'une corde comportant 12 nœuds placés à égale distance l'un de l'autre que furent tracés les deux triangles inversés dits de Pythagore, de 3, 4 et 5 nœuds formant le carré long recevant le «Pavé Mosaïque » et le « Tableau de Loge ». Depuis des millénaires, que ce soit en Egypte, en Chine, en Grèce, en Orient ou en Occident, tous les édifices sacrés furent tracés ainsi selon les mêmes proportions.

 

 

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