LES LUMIERES MACONNIQUES

LES LUMIERES MACONNIQUES

 

Comme pour éclairer l’impétrant sur le sens de son initiation, le Vénérable Maître de la Loge lui signifie que, dans cette enceinte où il va subir les différentes épreuves qui feront de lui un Franc-Maçon, tout est symbole. Cette petite phrase n’est pas destinée à rassurer l’intéressé sur tout ce qu’il va devoir subir, mais à attirer son attention sur le sens caché de ses intimes perceptions. En s’engageant dans le monde informel de son imaginaire, en choisissant la liberté de vivre intensément ces instants d’exception et non de les subir, l’impétrant suivra alors un chemin qui, bien au-delà de la lumière métaphore, le mènera vers l’illumination intérieure. Cependant, bien que tous les éléments qui lui sont proposés soient porteurs de sens symbolique; bien que ceux-ci n’aient pour principal objet que de suggérer des directions possibles de recherches; s’il ne s’est pas préparé à en reconnaître les arcanes, la lumière que nous lui proposons pourrait n’être perçue qu’au niveau superficiel de son affectivité. (Dans le pire des cas, l’initiation  peut même être vécue comme une mauvaise farce, voir un vulgaire bizutage).

Quelle que soit l’origine présumée de nos rituels, tous font référence aux lumières de l’Orient. Les épreuves subies au cours de l’initiation, les différentes phases de nos parcours maçonniques, et même les cérémonies d’ouvertures et de clôtures des travaux, tout nous invite à considérer cette lumière comme le véhicule d’un langage que nous aurions perdu, mais qui reste accessible à tous ..., celui du coeur.

L’Orient symbolisé dans nos rituel, n’est pas une direction géographique. Si l’ensemble des grandes religions occidentales se tournent vers le lieu présumé de leur révélation (Jérusalem pour les Juifs et les Chrétiens ou la Mecque pour les Arabes), et que ces lieux saints se situent géographiquement vers l’Est (ou le Sud Est pour être plus précis) il s’agit bien pour elles d’une orientation spirituelle n’ayant aucun rapport avec le lever de l’astre solaire. « L’Orient » pourrait donc être né d’une contraction religieuse du terme « orienté vers ».

Si tel était le cas, quel serait donc l’Orient des Maçons ? La réponse se trouve sous nos yeux, inscrite notamment sur le tableau de Loge de notre atelier. Posé à plat entre les colonnettes délimitant l’espace sacré de notre temple; dirigé vers un Orient conventionnel; celui-ci permet de suggérer différentes interprétations.

L’une d’entre elles, peut-être la plus accessible au non initié, serait un chemin symbolique qui mènerait des ténèbres occidentales vers la lumière à parcourir pour se rapprocher de la lumière et élever notre esprit. Cagliostro n’a t-il pas prétendu que « toute lumière vient de l’Orient; toute initiation de l’Egypte » ? Cependant ce tableau de Loge se regarde aussi verticalement, et cette seconde dimension donne un sens bien plus élevé à notre spiritualité.

Le sens symbolique de la lumière est né, vraisemblablement, de la contemplation de la nature. Depuis des millénaires, sur tous les continents, les hommes ont observé l’influence du soleil et de la lune sur notre planète. Ils ont parfois déïfié ce qu’ils ne pouvaient expliquer, mais certains, comme les prêtres égyptiens de l’Ancien Empire ont intuitivement émis l’hypothèse que ces ondes luminescentes qui possédaient en elles tous les attributs divins et qui leur parvenaient de la direction de ces deux astres, pouvaient être réfractée par eux. C’est pourquoi ils ne vénéraient pas le soleil mais ce qu’il représentait ..., tout comme les chrétiens prient pour Jésus et non pour la croix qui le supporte.

Le symbole est une porte ouvrant sur l’inconnu qui vit au plus profond de chacun de nous; un élément visible suggérant parfois l’irrationnel. Aussi, issue de la direction du soleil, il semble naturel que la lumière ait été symbolisée par lui. Avant même que les hommes aient compris que la terre tournait sur un axe Nord-Sud, ils avaient observé que le soleil se levait toujours au même endroit et qu’il apportait la vie. Cependant, Orient ne veut pas toujour signifier la direction de l’Est, mais aussi une orientation par rapport à soi.

Le premier des symboles qui nous soit proposé, et peut-être aussi le plus controversé dans les Loges françaises, est la référence au Grand Architecte de l’Univers. Si la Maçonnerie de tradition anglaise nomme Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, introduisant ainsi le dogme dans un Ordre à vocation agnostique, on peut comprendre la réticence de quelques irréductibles à accepter l’inacceptable. Cependant, sur l’interprétation de ce qui n’est qu’un symbole parmi d’autres, fut-il le plus important d’entre tous, ne rivalisons pas de sectarisme. A l’écart des dogmes politiques, religieux et philosophiques, nous ne sommes pas une religion particulière, nous sommes la tolérance religieuse, c'est-à-dire que nous avons pour toutes les religions une sympathie générale, et pour chacune le respect que nous impose l'élément de vérité qu'elle renferme. Notre Temple est un panthéon, où nous offrons asile à tous les cultes, non pas à la manière de la Rome antique, sceptique et dévote à la fois, qui donnait une place au Christ entre Jupiter et Néron, nous croyons au progrès et à la solidarité, et nous pensons que dans toute religion il y a un élément plus ou moins considérable de vérité. C'est cet élément de vérité que nous devons considérer, afin de construire, avec ces matériaux épars, le vrai absolu ... C’est ainsi que le Grand Architecte de l’Univers peut aussi bien s’apparenter à toutes les manifestations qui découlent d’un principe, comme par exemple celui de notre système solaire ou celui de l’alchimie des énergies sur notre planète. En fait, il peut y avoir autant de Grand Architecte de l’Univers qu’il y a de maçons pour l’invoquer. Et si comme le précisent nos rituels, le Grand Architecte de l’Univers serait porteur de lumière, ceux qui travaillent à sa gloire doivent l’être également, en devenant les reflets de cette lumière et en agissant en conséquence.

Choisie pour symboliser l’intelligence universelle, la lumière s’oppose à l’obscurantisme apparent des ténèbres. Cependant, cette intelligence peut prendre d’autres aspects. Ne parle-t-on pas de lumière noire ? Je connais personnellement des êtres lumineux qui, par dépit ou pour des raisons respectables et qui leurs sont propres, ont choisi la voie introvertive du soleil noir. Miroirs sans tain, protégés des agressions extérieures, ils absorbent la lumière et filtrent ses rayons. Pourtant éclairés de l’intérieur, ils continuent dsont certainement moins accessibles, leur reflet comme un miroir sans tain à la compréhension d’autrui, ils nécessitent plus d’attention n’en sont pas moins nécessaires au rayonnement

Réfléchir ! Et si c’était notre seule vocation ? La circulation des énergies au sein de notre Loge ne peut-elle s’apparenter à un jeu de miroir ?

L’œil unique et sans paupière, inscrit dans un triangle et placé entre le soleil et la lune, symbolise, pour les maçons, la perception intellectuelle d’une vision intérieure. Aussi, le rite d’ouverture des yeux lors de la cérémonie d’initiation est un rite d’ouverture à la connaissance.

C’est donc au Vénérable Maître présidant à l’Orient, et à ses deux surveillants placés à l’Occident que reviendra la lourde charge d’éclairer les nouveaux initiés sur les spécificités de quelques symboles de notre Ordre. Chacune de ces trois Lumières de la Loge aura pour mission de leur transmettre une technique appropriée au degré qui leur aura été communiqué. Le symbolisme, destiné à transcender toute appréhension du monde matériel à l’aide des quelques outils basiques de notre Ordre, sera enseigné aux Apprentis par le Second Surveillant, tandis que l’âme du métier, c’est-à-dire la maîtrise des artifices qui le compose, sera enseigné aux Compagnons et confié au Premier Surveillant. Le Vénérable Maître quant à lui sera le miroir réfléchissant de toutes les lumières visibles et invisibles de son atelier. Il sera chargé par les membres de sa Loge et sous couvert d’un agrément obédientiel d’assurer la pérennité de l’Ordre, de perpétuer l’esprit de ses ancestrales traditions en présidant à la mise en action de ses rituels.

Si donc à son degré de perfectionnement, chaque membre de la Loge est un reflet de la lumière symbolisée par le Grand Architecte de l’Univers, toute manifestation de sa part sera génératrice d’énergie. Celle-ci, ordonnée et transmise selon une règle de circulation précise en direction des surveillants, sera reflétée par effet miroir sur le Vénérable Maître qui à son tour sera censé la réfléchir et par là même illuminer tout l’atelier. Il est bien entendu que je n’affirme rien, et que mes déductions qui peuvent parfois sembler hasardeuses, ne sont que des hypothèses de travail.

Le symbolisme est un outil qui permet de développer son imagination, de donner libre court à son intuitivité sans avoir à justifier de sources aléatoires ou faire la preuve de ce que l’on avance. La vérité n’est pas une et indivisible. Derrière le sens commun des mots se cachent parfois des images et des idées qui dépassent l’entendement du monde profane. C’est pourquoi certaines corporations savantes utilisent un langage particulièrement hermétique, ou que les maçons s’expriment sur plusieurs niveaux  Il n’est pas péjoratif d’employer ce terme ce sont des visionnaires de génie comme Léonard de Vinci ou Jules Verne qui ont fait avancer la science. Aussi derrière les mots se cachent des idées.

De quelles lumières s’agit-il ?

En Maçonnerie, le plateau du Vénérable Maître est symboliquement plaçé à l’Orient de la Loge, elle-même étant orientée dans le sens Ouest-Est. De nombreux édifices à vocation cultuelle sont orientés ainsi, notamment lorsqu’ils font référence à la lumière. Si l’Orient est souvent opposé à l’Occident comme la spiritualité l’est au matérialisme, la raison principale de cette dualité est que le soleil, source de toutes vies, se lève toujours à l’Est et qu’il se couche à l’Ouest. De cette évidence les hommes ont tiré un symbole initiatique, démontrant que si la lumière était créatrice Si l’on en croit le zodiaque des anciens égyptiens, l’Orient ne serait l’origine de la lumière que depuis 12 000 ans, depuis qu’un grand cataclysme connu par toutes les grandes religions sous le nom de déluge aurait marqué de son empreinte.

Le Vénérable Maître n’est peut-être pas la lumière qui éclaire la Loge, mais le catalyseur d’énergie, le miroir qui concentre ce qu’il reçoit de l’Occident. Les surveillants, chacun sur leur colonne auraient alors la même fonction réceptrice et par le jeu de réfraction feraient circuler la lumière qu’ils concentreraient, venant des Appentis et des compagnons.

Dans ce cas, chacun des membres de la Loge seraient, serait sur sa colonne, un émetteur permanent de sa lumière intérieure, qu’il transmettrait à son surveillant par le jeu de la circulation de la parole et de l’énergie, ce dernier la renvoyant aussitôt au Vénérable qui par effet de miroir en éclairerait tous les participants.

Derrière le Vénérable se trouve une Lune sur sa droite, un Soleil sur sa gauche et au centre un triangle comportant souvent un oeil inscrit en son centre.

Le Soleil

La présence du soleil derrière le Vénérable Maître ne signifie pas que nous sommes des idolâtres fervents de cet astre qui manifeste tous les attributs divins. S’il dispense une lumière paradoxalement invisible; s’il la dispense à tous sans discernement; s’il est aveuglant ; s’il domine le ciel et si sans lui rien ne vivrait ; cela ne veut pas nécessairement signifier qu’il soit à l’origine de tout. Même les prêtres égyptiens qui avaient une certaine propension à déïfier toutes ses manifestations, nommaient sa lumière « l’ombre de dieu ». Au tréfond des temples, ils conçevaient que le soleil, comme la lune, pouvait n’être qu’un miroir reflétant une divine présence. Aussi, l’alternance jour nuit de son cycle journalier pouvait-il correspondre à la pérennité scientifique de l’énergie qui, une fois créée ne meurt jamais mais peut se transformer. Le soleil est donc devenu le puissant symbole d’une divinité inqualifiable qui, opposé dans sa course à celui de la lune avaient déjà conscience que le soleil pouvait  il se lève à l’Est ; il meurt et renaît chaque jour ; il est la forme d’un disque ; il émet de la chaleur ; il est jaune.

Certains de ces points sont très importants, car on les retrouve dans toutes les mythologies, dans les religions, et dans les divinités principales qui plus est.

S’il n’est pas Dieu lui-même, le soleil était, pour nombre de civilisations méditerranéennes, une manifestation de la divinité, au point même que les anciens égyptiens nommaient sa lumière « l’ombre de dieu ». Sa course dans le ciel et l’alternance jour / nuit de son cycle journalier  Il est l’oeil du dieu suprême. Certaines populations, notamment les Samoyèdes, voient dans le soleil et la lune les yeux de Noum (le ciel).  Les veilleurs du ciel.

Le soleil immortel se lève chaque matin et descend chaque nuit au royaume des morts. Il peut guider les âmes à travers les régions infernales et les ramener le lendemain, avec le jour à la lumière.

Placé au centre de ces trois éléments, le Vénérable se trouve au midi de la journée, à l’heure où les Maçons ouvrent leurs travaux. Juste derrière lui et au-dessus de sa tête le triangle lumineux représente le symbole du Grand Architecte, et l’oeil pourrait signifier que si nous travaillons à sa gloire, nous sommes aussi sous sa surveillance. Lorsque cet oeil est remplacé par un soleil, le symbole est identique, à la différence près qu’il concrétise sa présence par l’énergie qu’il partage. Qu’il observe ou qu’il partage nos travaux, c’est toujours lui qui préside.

Dans toutes les religions dites révélées, s’intercale ou s’incarne entre dieu et les hommes un personnage mythique, un élu choisi par la divinité pour le représenter. Si comme ceux-ci le prétendent, nous en serions les fils, et par là-même nous en possédons une parcelle.

La Lune

En Egypte, le dieu Seth symbolisait la lumière des ténèbres.

La lune est le symbole des rythmes biologiques. Cet astre qui croît et qui décroit jusqu’à disparaître et renaître à nouveau est soumis à la loi universelle du devenir, de la naissance et d’une mort qui n’est jamais définitive. Elle symbolise le temps qui passe. Chaque mois lunaire elle disparaît pendant trois jours avant de réapparaître et de grandir en éclat. La Lune est pour l’homme le symbole du passage de la vie à la mort et de la mort à la vie. Sa lumière n’étant qu’un reflet de celle du soleil, la lune symbolise la connaissance indirecte, théorique, conceptuelle, voir rationnelle.

L’épée

L’épée flamboyante est le symbole du combat pour la conquète de la connaissance et la libération des désirs.

L’épée de Vishnu, qui est aussi une épée flamboyante, est le symbole de la pure connaissance et de la destruction de l’ignorance.

Si l’épée est l’éclair et le feu, elle est encore un rayon du soleil, source de la lumière.

La parole, l’éloquence sont parfois désignées par l ’épée car la langue a, comme l’épée, deux tranchants.

Livre de la loi sacrée

Il est banal de dire que le livre de la loi sacrée est le symbole de la science et de la sagesse. Mais il est surtout, si nous l’élevons d’un petit degré, le symbole d’une certaine spiritualité. Dans la religion chrétienne notamment, il s’identifie à l’arbre de vie dont les feuilles, comme les caractères du livre, représentent la totalité des êtres, mais aussi la totalité des décrets divins.

Dans tous les cas ce livre apparaît comme le vivant symbole de la connaissance. L’histoire des peuples, de leurs espoirs et de leurs doutes y est traditionnellement transcendée, consignée et véhiculée. Certes, l’avenir se construit sur les cendres du passé, mais encore faut-il pouvoir en tirer quelques enseignements. Jalousement conservé dans le secret des sanctuaires, des églises et des temples par un nombre restreint d’initiés, ce livre commentant les travers de la nature humaine portait en lui toute la sagesse du monde. Le dur combat des forces du bien contre celles du mal y était développé, et seuls quelques esprits avisés savaient en extraire le message. Consciente d’œuvrer au bienfait de l’humanité, la Maçonnerie s’est emparée de cette parole perdue distillée par les grandes religions. Mis sur la voie de la sagesse lors de leur initiation, les maçons, qui ne sont pas des êtres d’exceptions nantis d’un quelconque pouvoir, mais des intelligences sélectionnées pour leurs capacités à réfléchir sur la condition humaine, ont choisi de prêter leurs serments sur la Bible, ou l’un de ces grands livres, conscience de l’humanité.

Si le Volume de la loi sacrée n’était que l’expression d’une révélation et donc par extension d’une manifestation, on peut admettre la tentation de certains maçons à vouloir le remplacer par un symbole plus conforme à leur spiritualité. Mais si, comme je le déplore, le livre présenté sur l’autel des serments de notre atelier, est d’un blanc immaculé, cela signifie t-il que nos membres souhaitent travailler librement, sans foi ni loi ?Anderson veut-il dire que nous sommes vierges de secrets, ou que ceux-ci sont si secrets qu’ils s’adressent exclusivement à l’intuition ? Le livre blanc signifie t-il que nous travaillons sans foi ni loi, ou pire, que nous tenons secret

Cependant, un serment porté sur le néant d’une page blanche n’est-il pas qu’un engagement vis à vis de soi-même ?. Quelque soit le livre de la loi sacrée sur lequel un serment  sera portéLes textes dits sacrés Ainsi, le nouveau TestamentAncien Testament de la Bible par des écoles de mystères antiques cette connaissance de la loi sacrée sur laquelle repose la vie est traditionnellement véhiculée par les hommes de bonne volonté, et ayant acquis  des lois qui régissent la nature divine, qui ne serait livrée qu’à l’initié.

Un livre sacré est l’expression d’une révélation et donc par extention d’une manifestation. C’est la traduction en langage intelligible  d’un message.

Si un livre fermé conserve son secret, ouvert son contenu est saisi par celui qui le scrute. Comparable au coeur, ouvert il offre ses pensées et ses sentiments; fermé, il les cache.

 

J'ai dit

Robert MINGAM

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